Vent frais d’Afrique

23 février 2011 § Poster un commentaire

Tunisie, Algérie, Égypte, Jordanie, Yémen – et, dans une moindre mesure, Libye : la révolte sociale s’étend dans les pays du sud de la Méditerranée et du Proche-Orient situés aux frontières d’une Europe forteresse toujours aussi néo-coloniale et arrogante et méprisante.

Tous ces évènements était prévisibles et inéductables. En Tunisie, c’est le suicide d’un jeune chômeur désespéré dans la ville de Sidi Bouzid qui a déclenché le mouvement populaire et la révolution qui a conduit à la chute du dictateur françafricain Ben Ali. En Algérie, en Egypte, en Jordanie ou au Yémen, c’est une précarité croissante, le manque de libertés fondamentales et l’impression toujours plus grande pour la jeunesse d’étouffer sous le règne de dictateurs ou d’autocrates corrompus, népotiques et clientélistes qui ne servent que leurs intérêts de classe.

Nos médias et nos politiques n’ont pas étés en reste pour tenter de minimiser ou de déformer l’ampleur de ces soulèvements, parlant à tout va de « contagion », comme si l’épidémie d’une mystérieuse maladie honteuse s’abattait soudain sur ces pays.

Mais notre classe politique, à l’exception de certaines formations de gauche, n’a pas seulement fait preuve d’un silence complice sur la répression : la France a aussi apporté un soutien ouvert et flagrant a la dictature de Ben Ali – on se souviendra encore longtemps de notre ministre des affaires étrangères Michèle Alliot-Marie proposant l’aide et le « savoir faire » des forces répressives françaises au dictateur Ben Ali – et entraîné la police anti-émeutes de Moubarak, celle-là même qui a tiré sur le peuple égyptien :

http://rebellyon.info/La-rue-chasse-Ben-Ali-Suivi-des.html

Ne parlons mêmes pas de certains « JT » comme celui du 13 heures de France 2 qui a trouvé le moyen il y a quelques jours – et alors que des centaines de milliers de personnes se massaient dans les rues du Caire pour protester – d’interviewer des supporters de Moubarak « inquiets pour les résultats économiques engendrés par les manifestions » et le départ des touristes.

Sans surprise, on a pu observer le même cynisme chez des « entreprises de cotations des marchés » et des « agences de notation » plus inquiètes pour leurs profits mortifères que pour les milliers de personnes qui ont étés arrêtées et torturées lors de ces événements. Rappelons que des centaines de personnes ont été blessées, souvent grièvement, par la police et les milices pro-Moubarak, tandis que des dizaines d’autres ont été assassinées. Chaque jour, ses chiffres augmentent de manière dramatique.

Bien sûr, ces régimes ont tout fait pour que les infos ne sortent pas, comme nous l’a expliqué à plusieurs reprises le site tunisien Nawaat :

http://nawaat.org/portail/

ou le site algérien de la radio Kalima :

http://www.kalimadz.com/fr/index.php

Ces deux sites, appuyés en France par ReadWriteWeb, nous ont relevé l’ampleur des moyens mis en œuvre par les gouvernements et leurs forces répressives pour bloquer toutes les informations, qui auraient pu nous parvenir par le Net : campagnes de calomnie sur Facebook contre des opposants, espionnage des communications, etc.

En Égypte, les journalistes ont eu ces derniers jours les pires difficultés à exercer leur profession, beaucoup ont été molestés, arrêtés… y compris lorsqu’ils appartenaient à des médias dominants étrangers : c’est dire la crainte qu’à le régime de perdre cette guerre de l’information !

Quant aux sites et à l’Internet égyptiens (y compris les sites gouvernemantaux), ils étaient encore inaccessibles le 4 février, comme le relève le site de la fondation Tor :

http://blog.torproject.org/blog/recent-events-egypt

Les rares nouvelles qui nous parvenaient alors provenaient essentiellement de Twitter, via les canaux et les tags #janv25 ou #egypte. Le réseau Indymedia global a de son côté pris l’initiative de relayer au jour le jour les nouvelles sur sa page d’accueil.

Parmi les nombreux articles publiés sur Indymedia Paris sur le sujet, notons ces deux témoignages de militants libertaires, qui nous fournissent un éclairage particulièrement intéressant à l’heure où gouvernements, oligarchies locales et états occidentaux tentent de reprendre la main – n’hésitant pas au besoin à agiter l’épouvantail islamiste :

https://paris.indymedia.org/spip.php?article5638

https://paris.indymedia.org/spip.php?article5643

On ne soulignera jamais assez l’importance d’Internet et de ses réseaux sociaux, non pour initier ces révolutions, mais pour les appuyer, en permettant aux révoltés de coordonner leurs actions et d’informer le monde extérieur sur leurs luttes et leurs espoirs sans passer par le canal des médias dominants ou officiels.

Il est encore trop tôt pour préjuger de ce qui se passera en Égypte. Mais il faudra aussi s’intéresser dans les prochains jours au Soudan voisin – qui a déjà connu plusieurs manifestations depuis le 31 janvier 2011 – ou à la Syrie, qui commence à bouger elle aussi.

Sur les manifestations au Soudan :

http://juralibertaire.over-blog.com/article-soudan-deces-d-un-etudiant-blesse-dimanche…

http://www.amnesty.org/fr/news-and-updates/sudanese-security-forces-raid-newspaper-offices-2011-02-03

A suivre, donc…
et à quand le même élan de ce côté-ci de la Méditerranée ?

Source : Indymedia Paris IDF

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