25 mai 2011 § Poster un commentaire

publié le 25 mai 2011 sur Brassicanigra

Dijon – Un article de Blabla 13 sur les derniers rebondissements concernant la situation du quartier des abbatoirs et l’annonce du projet d’eco-quartier des maraîchers, la résistance du potager collectif des Lentillères, les menaces sur l’Espace autogéré des Tanneries…

En ce printemps 2011, le compte à rebours pour la survie du potager collectif des Lentillères (ou Pot’Col’Le) est amorcé_:_la Mairie vient en effet de lancer les hostilités en annonçant le démarrage du projet « d’éco-quartier des maraîchers ». En contradiction totale avec les préconisations « _vertes_ » du PLU, le projet actuel prévoit de bétonner la majorité des 6 hectares de précieuses terres maraîchères subsistants… Sur ce même projet de 35 hectares se situe l’Espace Autogéré des Tanneries qui a construit en douze ans un centre social, culturel et politique bouillonnant, ainsi qu’un lieu de vie autogéré. Sa destruction est elle aussi planifiée à court terme sans que l’on sache à l’heure actuelle si les propositions de relogement négociées avec la municipalité garantiront un nouvel espace autonome et la possibilité de poursuivre ailleurs ces activités dans la durée. Du côté des « tanneurs et tanneuses », on veille au grain et l’on se prépare à résister si les négociations tournent court (voir blabla_#9).

Un an après l’occupation des terres de la rue Philippe Guignard le potager appelle d’ores et déjà à entrer en lutte contre la volonté de la Mairie de passer les récoltes au tractopelle et d’enfouir l’humus sous le béton.

Quelques épisodes à vif sur ce qui se soulève de terre :

20 février – prélude en gris mineur.

JPG - 115.6 ko
potp

En janvier, le potager collectif avait arrosé à sa manière la volonté de l’État de réprimer les auto-constructions par la fabrication d’une cabane, décorée du slogan « Potager collectif vs Loppsi 2, on construit toujours ! »

Le 20 février, par un matin frisquet, un voisin aux aguets surprend une équipe d’agents grisouillards, prudemment accompagnée d’une escorte policière, s’introduisant dans le potager occupé. Les artistes s’emploient alors méticuleusement à repeindre en gris l’ensemble des murs qui bordent le potager, ainsi que ceux de la maison du voisin, et à faire disparaître l’inscription anti loppsi. Les hypothèses quant au mobile du crime restent ouvertes : la préfecture n’aurait-elle pas aimée que la loi soit défiée en plein champ ? La SNCF voulait-elle harmoniser la vue le long de la voie ferrée ? La Mairie aurait-elle eu peur d’effrayer les promoteurs venus planifier l’avenir du quartier ou aurait-elle simplement souhaité offrir une belle sous-couche pour des fresques et calligraphies nouvelles ? Indice : les adeptes branchés du monochrome se sont aussi employés à couper le jus qui permettait l’arrosage. 20 mars – l’art n’a pas de prix

Le blog d’info Dijonscope nous apprend que quand il s’agit d’étendre les jardins privés d’un artiste connu et cossu, le Maire n’hésite pas cette fois à chausser ses bottes pour lui obtenir des terrains, même quand il était prévu d’y construire des logements sociaux. La victoire aisée du peintre Yan Pei Ming face au bailleur social Orvitis dans le quartier du Port du Canal nous montre que tou-te-s les citoyen-ne-s dijonnai-ne-s ne sont pas servi-e-s à la même table. M. le Maire l’a d’ailleurs nommé depuis « citoyen d’honneur ».

26 mars – un an d’occupation, ça swingue au marché

JPG - 216 ko
pot4p

Les rues du centre ville et les halles du marché couvert de Dijon sont envahies par des dizaines de personnes armées de binettes, pioches, faux et d’une sono electro. Les slogans fusent : « des topinambours, pas des carrefours », « des pâtissons, pas des prisons », « des rutabagas, pas des caméras », « des tomates séchées, pas des éco-quartiers ». Les maraîchers semblent apprécier et les chalands encouragent. Un ancien reluque malicieusement une fourche et remarque « Avec ça, il faut faire la révolution ».

En attendant les jacqueries à venir, le potager fête le retour du printemps par la mise en terre de centaines de jeunes plants, des discussions autour de la situation du potager et de l’urbanisme, des ateliers pour les enfants, des concerts folks, un bal tonitruant.

27 mars – le gris s’est dilué, une nouvelle fresque est née

JPG - 178.4 ko
pot2p

10 avril – ballade au ras du sol

Il fait beau tout le temps. Il y a de nouveau du monde chaque jour au jardin pour bosser, discuter, jouer, toute la journée ou à la sortie du boulot. Les soirées tournent autour du barbecue et des patates au feu. Aujourd’hui des amies botanistes nous font découvrir les us et goûts des dîtes « mauvaises herbes ». Une bonne partie de ces plantes dédaignées peuvent se manger ou nous soigner. On se rend compte de la myriade d’espèces qui grouillent au sol et nous cassent la binette, pendant que d’autres continuent à poser méticuleusement des lignes de choux.

12 avril : mais quand est-ce qu’il pleut ?

14 avril : Voo tv envahie, l’archi est vert kaki.

Le 14 avril, la chaîne dijonnaise Vootv propose « en exclu » une tribune aux institutions pour présenter leur nouveau projet de quartier. Est-ce parce que Vootv est substantiellement financée par les institutions locales, qu’elle a choisi de n’inviter que les représentant-e-s institutionnels tout en sachant parfaitement que ce projet de quartier est objet de conflits et que les opposant-es sont aisément trouvables ? Toujours est-il qu’à 18h15, le présentateur s’apprête, en courbettes, à donner la parole à M. Pribetisch, adjoint à l’urbanisme et vice-président du Grand Dijon, ainsi qu’à M. Michelin, architecte renommé dont le cabinet vient d’être élu pour piloter la conception du projet. Soudain, une tête d’éléphant traverse le plateau, vite ralliée par d’autres complices. « On a entendu dire que vous alliez causer de potager, alors on est venu faire un tour. » On commence à lire un petit communiqué, mais l’équipe de Vootv préfère couper le direct et range vite fait les deux invités dans les loges. Pribetisch a juste le temps de nous articuler une de ces réponses qui signifient que c’est la démocratie, ce qui veut dire que c’est lui, qui décide. Point. L’éléphant secoue la trompe.

Ça rouspète dans les studios : « Vous nous avez gâché 24h de direct ! »- « Bah vous n’étiez pas obligés de tout foirer en n’acceptant pas l’idée que votre émission soit perturbée 5 minutes. » Ces journalistes n’ont plus aucun goût pour l’imprévu, dirait-on.

En consultant les fiches sur le plateau, nous apprenons, comble du cynisme Marketing, que la Mairie a choisi de baptiser son projet « Quartier des maraîchers »… à titre posthume et après les avoir virés et relégués au rang de pièce de musée ou d’épithète attractif pour dépliant d’agences immobilières. Le projet est patronné par la SPLAAD (Société Publique Locale d’Aménagement de l’Agglomération Dijonnaise) et la SEMAAD (Société d’Économie Mixte d’Aménagement de l’Agglomération Dijonnaise) présidées par le même Pierre Pribetisch et dirigées par l’entrepreneur et technocrate Thierry Lajoie.

On découvre aussi la bio de M. Michelin, grand ponte de l’architecture qui a la chance d’avoir été choisi pour construire « le plus grand projet français du moment » : le super Pentagone à la française en collaboration avec Bouygues, grand constructeur de centres de rétention et autres prisons. On ne pourrait mieux faire pour marquer la compatibilité entre urbanisme et logiques sécuritaires. D’autant plus que dans un élan orwellien, il n’hésite pas à déclarer que le QG de l’armée française est devenu pour lui « le ministère de la paix en Europe. » Cela n’empêche pas le bonhomme de s’extasier par ailleurs : « l’environnement durable c’est jouissif » (le vert kaki aussi), de gloser dans les quotidiens de gauche sur une architecture hors-norme et de souligner qu’il adore le conflit, « le devoir de colère » et « la désobéissance inventive ». Sur le coup, sur le plateau télé, on n’a pas remarqué. Mais puisqu’il dit aimer sentir « les foules houleuses » et l’énervement des habitant-es des quartiers qu’il reformate on va essayer de ne pas le décevoir. Peut-être ne se soumettra-t-il pas si docilement à la volonté de la ville de détruire un potager collectif, des habitats partagés dans des maisons retapées ou un espace autogéré puisqu’il affiche pour principe de « faire autrement, ne pas démolir », se donne pour mot d’ordre « grands logements, et partage » et dit détester les « règles, tracés, HQE » (Haute Qualité Environnementale). De toute façon il n’a pas besoin des dizaines de milliers d’euros promis par la municipalité puisqu’il nous révèle dans le journal Libération : « l’argent ne m’intéresse pas. Je vis dans un deux pièce zen à Paris, dans une cabane forestière à Fontainebleau. » Y’en a que la mauvaise foi n’étouffe pas. Mais quand on est archi à la mode, même quand on se contente d’exécuter les commandes de ceux qui nous gouvernent, il faut faire bonne façade.

Le communiqué censuré :

« Le paradoxe est fâcheux : la Mairie veut faire de Dijon une ville écolo d’excellence et ne construire plus que des « éco-quartiers », adhère avec fracas au réseau « _terre en villes_ » pour la préservation de l’agriculture paysanne intra ou péri-urbaine, dit vouloir que les amaps se développent et ajouter des potagers à son Eco-Plan Local d’Urbanisme. Elle s’apprête dans le même temps à bétonner les derniers hectares de précieuses terres maraîchères disponibles en ville, alors que s’y développent déjà des jardins partagés… et ce pour y installer un éco-quartier.

Notre but n’est sans doute pas de nous opposer à des logements accessibles à Dijon. Cependant pourquoi s’attaquer à ces terres plutôt que de privilégier d’autres espaces déjà bétonnés et abandonnés, ou d’investir les 5 000 logements laissés vides sur l’agglomération ? Il n’est pas anodin que malgré toute la propagande éco, il y ait toujours de la place pour de nouveaux supermarchés, une extension d’aéroport ou un commissariat, une super structure subventionnée de type Zénith, ou des niches d’entreprise, mais pas pour des potagers.

En fait d’urbanisme éco, on se retrouve avec des quartiers repeints en verts, mais aux habitats aseptisés dans une logique individualiste, majoritairement durs d’accès pour les pauvres, et conformes à une vision sécuritaire où l’espace doit être « _transparent_ » et contrôlable. L’écologie y est prétexte à faire tourner l’industrie et le BTP, qui voient les normes environnementales comme un nouveau marché juteux pour continuer à raser sans cesse, reconstruire, vendre de nouveaux gadgets… et polluer plus durablement. Des vélos contre plus de pubs, de l’énergie solaire contre plus d’extraction minière, du recyclage pour plus d’emballages ou de nouveaux habitats entourés de plus de caméras… Loin de remettre en cause la croissance industrielle et l’exploitation, l’écologie appropriée par les décideurs sert surtout d’image de marque pour des projets de villes mégalo. On y replante quelques arbres, mais le bien être s’y mesure toujours avant tout à la compétitivité économique et à l’attractivité pour les entrepreneurs et les plus aisé-e-s. On y gomme les problématiques sociales et les responsabilités politiques, en nous faisant croire que changer le monde tiendrait à des « éco-gestes » individuels et citoyens.

Ce potager, ce qui y pousse et ce qui s’y crée, participe à affirmer une autre idée de la ville. Nous voulons, pour notre part, défendre les trop rares espaces d’où émergent des initiatives qui ne soient pas encadrées par les institutions et formatées dans leur intérêt, où chaque mètre carré n’est pas rentabilisé par les marchands de toute sorte… Nous voulons développer des territoires urbains faits de pratiques collectives et de réappropriations des savoirs, d’échanges nourris et de rencontres fortuites, des zones d’ébullition, de jeux et de contre-pouvoirs. Une ville où « la solidarité » et les « liens de quartiers » ne soient pas des concepts marketings, mais des moyens de ne plus se laisser écraser et atomiser par tous ceux qui tiennent à notre docilité. »

15 avril – on mange des frites

Des panais panés et des endives à la bière brune en soutien à la lutte contre l’aéroport nantais et en vue d’une installation agricole sur la zone menacée.

23 avril – et s’il ne pleuvait définitivement plus ?

24 avril – points de suspension… en attendant la grêle :

La publication du projet dans la presse nous révèle que la Mairie a arrangé ses plans et se propose aujourd’hui, en tout cas dans les publi-croquis aériens 3D, de conserver une bande plutôt symbolique de « potagers familiaux » le long de la voie ferrée. Mais rien n’est réglé pour autant. Rien ne nous dit que les planificateurs ne visent pas à effacer l’expérience singulière de jardins partagés et ouverts du Pot’col’le et ne veuillent pas la remplacer uniquement par quelques parcelles individuelles, privées et payantes. Au-delà, des centaines d’autres personnes à Dijon réclament des bouts de jardin* et la possibilité de produire une partie de leur alimentation. Alors pourquoi se priver des terres disponibles ? Préfère-t-on l’avènement d’une métropole formatée pour 450_000 habitant-e-s d’ici 40 ans ou une ville réappropriée par ses habitant-e-s dans des logiques d’émancipation ?

JPG - 202.7 ko
pot3p

27 avril – 14h12 – Vingt dieux_ ! La grêle va nous bousiller tous nos jolis petits plants_ !

PS : Le projet d’éco-quartier « fera l’objet de la création d’une Zone d’Aménagement Concerté (ZAC) dont la concertation préalable à la création se déroulera après les vacances d’été ». On peut douter de ce qui reste à concerter à leurs yeux une fois le projet déjà quasi-bouclé sur papier. Mais si la Mairie n’est pas à l’écoute, il faudra se donner les moyens de se faire entendre et d’empêcher les bulldozers de venir tout ravager.

* ne serait-ce qu’au vu des impressionnantes listes d’attente des quelques associations de jardins familiaux autour de Dijon.

Le programme du potager pour penser la lutte, cultiver et se retrouver : https://lentilleres.potager.org/

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Qu’est-ce que ceci ?

Vous lisez actuellement à Le Libre Arbitre.

Méta

%d blogueurs aiment cette page :