Contre le chômage. Contre le travail aussi.

18 décembre 2011 § 1 commentaire

Après avoir récemment perdu mon travail, je suis rentré dans le rang de ce qu’on appelle communément les chomeurs et précaires. Je n’ai pas envie d’écrire un texte théorique contre le travail ou des textes intellos conceptuels. Je me limiterai à ce long billet d’humeur et de quelques réflexions.

Ce titre d’article résume à peu près tout ce que je pense concernant la problématique du chômage et du travail. En gros : ni l’un, ni l’autre, non merci.

Pour l’expliquer, je commencerai par une anecdote : pas plus tard qu’il y a quelques jours, j’allais à une manifestation « contre le chomage ». Et là, le mégaphone de la CGT retentit. Plusieurs trucs assez insupportables et un notamment deux phrases qui me frappent comme un courrier de « trop perçu de la C.A.F en votre faveur ». Le mec se lance dans une diatribe sur les patrons et les capitalistes (jusqu’ici, tout va bien) en expliquant que « ces gens là, qui ne travaillent pas sont des parasites, et que le travail, c’est ça la dignité dans la vie » puis nous explique que « les chomeurs doivent lutter pour un travail et un salaire décents » (il a l’air de savoir de quoi il parle).

La première escroquerie consiste à prétendre que la division de classe ne repose que sur le travail. Ce qui est faux, et les chomeurs et chomeuses en sont la preuve vivante. Non seulement il y a des pauvres qui ne travaillent pas (et survivent tant bien que mal, la fameuse « armée de réserve du capital ») mais il y a des patrons, des propriétaires et des capitalistes qui travaillent. Même si du point de vue strictement « ouvriériste » ou travailliste, ils ne produisent rien ou pas grand chose, la plupart des cadres de la société d’exploitation dans laquelle nous vivons travaillent effectivement. Dans des bureaux, dans des bourses, en supervisant des chantiers, en faisant des réunions, en se déplaçant, en faisant leurs calculs, en faisant de la politique, etc, bref à des postes de gestionnaires la plupart du temps et généralement moins manuels, mais du travail quand même. En fait, c’est une minorité de rentiers qui ne travaillent pas du tout. La plupart des capitalistes d’aujourd’hui travaillent. Certains sont même salariés (il y a des patrons salariés par les actionnaires ou grands patrons, et qui ne sont donc pas complètement propriétaires, ou seulement d’une partie) même si ils ont des salaires gras et ne foutent pas grand chose, etc. Bref, si la plupart des pauvres travaillent dur pour gagner juste de quoi survivre ou un tout petit peu plus, ça ne veut pas dire que tout repose sur la seule problématique « salarié-e-s/patrons » (même si ça reste une problématique importante).

C’est bien sur le pouvoir décisionnel, la propriété privée (qu’elle soit « libéralisée » ou d’Etat) et les moyens de la défendre qui sanctionnent aussi la constitution d’une classe dominante. Si il y a bien un secteur dans la société où il n’est jamais question de « démocratie » ou de liberté (même « pour de faux »), c’est bien celui du travail. De l’entreprise. Du salariat, bref de l’économie. L’économie est privation par définition. Elle partage celà avec la prison. Tourner un film documentaire dans le monde de l’entreprise est au moins aussi improbable que de filmer le quotidien d’une prison. L’économie est l’antithèse de la décision raisonnée et prise collectivement. Pour celui ou celle qui n’a que sa force de travail à vendre, à aucun moment il n’est question de choix sur l’organisation du travail.

Ensuite, je suis peut être pas très vieux, mais je sais pas ce que c’est qu’un « travail décent » ou un « salaire décent ». Jusqu’ici même quand presque tout le monde était contant autour de moi dans son boulot (ou plutôt feignait d’y être contant, comme on fait tous ou presque en général hors période de grève, de gros ras le bol ou de pétage de plombs) je ne l’étais pas et n’ai jamais su « faire semblant » bien longtemps. Je n’ai jamais gardé un boulot plus de 6 mois (licenciement économique, « plan social » ou non-renouvelement de C.D.D) et ayant laissé tombé les études sans diplôme, j’ai du dire adieu à la bourse et j’ai depuis enchainé les boulots qui passaient. Je n’ai jamais aimé le travail. Même si j’ai ressenti (comme la plupart des gens j’imagine) très tôt la nécessité de bosser (au départ pour arrondir les fins de mois pendant les études, combler les découverts, ou mettre de l’argent de coté) à certains moments et ai tenté de trouver des tafs qui me « plaisaient » ou plus supportables, je n’ai jamais rien trouvé qui ne soit pas épuisant au final et mieux payé que le S.M.I.C. Les planques existent, j’y ai évidemment pensé, et je finirai sans doutes par le faire, mais je sais que je me lasserai vite. En fait, qu’il s’agisse de travail « salarié » ou de travail à l’école, je n’ai jamais aimé le travail. Ce n’est ni l’effort, ni le fait de faire des choses avec d’autres gens qui me dérange, bien au contraire, mais ce qui fait la base du travail dans nos sociétés : la contrainte, et le fait d’être instrumentalisé, utilisé. De me sentir étranger à moi même, en un mot : aliéné. La base de l’exploitation capitaliste, ce n’est pas une question de propriété privée libérale ou d’Etat, ni seulement une question de rapport salarié (employeur/employé-e), mais aussi et surtout un rapport coercitif, de contrainte. On ne travaille ni parce qu’on le désire, ni parce qu’on aime ce qu’on fait, ni parce qu’on en a envie, ni parce que ça nous est vraiment utile (ce qu’on produit, ce qu’on fabrique, qu’on fait, dit ou vend, etc…) mais parce qu’il le faut. Parce que « c’est comme ça ».

Voilà la seule raison d’être du travail en tant qu’aliénation et contrainte : c’est comme ça. La raison d’être du travail dans nos société : c’est la prison. Si on pousse le raisonnement un tout petit peu plus loin, on comprend vite à quoi servent les flics et les tribunaux. Si ils n’étaient pas là : qui obligeraient les gens à travailler et fermer leur gueule au juste ? Certainement pas la C.G.T et son S.O. Pendant cette même manif, je dis à un copain à coté de moi que je trouve ridicule et insultant de rabacher à des chomeurs qu’il leur faut un « travail décent » et que c’est « ça le sens de leur lutte » et même de leur vie donc, et en fait. A près tout, quelle différence de fond ça fait avec le discours de Pôle Emploi ? « Ta lutte, gamin, c’est de trouver un boulot, et de le garder, le reste, c’est de la littérature ». En somme : aucune différence, sinon sur les détails. Le copain me répond que « c’est ça que veulent la plupart des chomeurs ». Genre, un boulot. Je ne lui en veux pas personnellement de me dire ça. Il ne fait que reproduire le discours dominant sur le sujet. En quoi le fait que la plupart des chomeurs « demandent » du travail constitue une preuve à quoi que ce soit ? Moi aussi je suis inscrit comme demandeur d’emploi, moi aussi je serai encore amené à écrire des C.Vs et faire des entretiens d’embauche. Est-ce que ça m’empêche de détester le travail ? Est-ce que c’est ça que je veux vraiment ? Bien sur que non. Mais la question se pose quand même : il est qui pour dire ça ? Moi je suis chômeur. Et je n’ai pas envie de travailler. Même si j’y serai encore contraint, ou que je m’y résoudrais et espère que ça ne sera pas trop dur et bien payé : ce n’est pas ça que je désire vraiment dans ma vie. Je ne rêve pas « d’un salaire décent » avant de m’endormir. Je veux être libre et ne produire que ce dont j’ai besoin. D’ici là, je veux avoir de quoi bouffer et vivre « dignement » comme on dit, et bien sur m’amuser et jouir de la vie. Pas bosser. Non. Certainement pas. Et si je le fais quand même, ce sera parce que j’y suis contraint. Parce que j’ai trop désespérément besoin de cet argent qui est nécessaire à ma survie. Même si je fais un boulot qui me plait. Pour autant : est-ce que j’ai envie d’en faire ma seule revendication politique ? Même à court terme ? C’est hors de question.

Ce discours sur « les chomeurs qui ne demandent qu’à travailler » est un discours esclavagiste, qui ne conçoit pas les chomeurs ou chomeuses comme des êtres humains avec des désires propres, des problèmes, des intérêts de classe et même des contradictions et des antagonismes, mais comme des robots prêts à l’emploi. Des humains-machines. C’est cet individu qui n’est plus autre chose qu’un travailleur, qui dans une société qui repose sur le travail, n’a plus de sens à sa vie sans son emploi, cet humain désespérement moderne que décrit Hannah Arendt dans « La condition de l’homme moderne ». Ce discours relayé jusque dans les syndicats et les organisations de gauche n’est que le pendant du discours libéral : c’est toujours le discours du pouvoir. D’un coté la droite dit « le chomage est un problème individuel, une question de choix et de volonté », et de l’autre la gauche dit « c’est un problème strictement collectif, avec des raisons économiques déterminées. Les gens ne demandent qu’à travailler ». Pourtant, les deux contiennent une part de vérité, mais les deux sont absolument faux énoncés tels quels. Dans les deux cas, le travail comme valeur sociale fondamentale n’est pas remis en cause, et reste présenté comme le sens même de la vie ou plutôt de l’existence. Mais dans quel but ?

En même temps, si « les gens ne demandent qu’à travailler » pourquoi il y a tant de fraude aux allocs ? Pourquoi les gens ratent leurs RDV du pôle emploi délibérément ? Pourquoi les gens font grève ? Pourquoi il y a temps d’absentéisme au travail ? Etc, etc.

« Le caractère étranger du travail apparaît nettement dans le fait que, dès qu’il n’existe pas de contrainte physique ou autre, le travail est fui comme la peste. [Pourquoi ?] Parce que le travail dans lequel l’individu s’aliène, est un travail de sacrifice de soi, de mortification » Et ce n’est pas moi qui le dit. C’est le jeune Marx dans ses manuscrits de 1844.

De tout temps des résistances au travail et contre le travail ont existé. Et le travail a toujours été fui comme la peste. Parce que le travail n’est pas la base de la vie. Ce n’est pas vrai. C’est encore plus faux dans la société dans laquelle nous vivons et selon ce qu’on met derrière ce mot. Il ne peut pas être utilisé aujourd’hui comme ne représentant que « l’ensemble de l’activité productive humaine ». Parce qu’utiliser le terme « travail » de manière strictement positive c’est assimiler le fait de créer, de réaliser et de produire entre producteurs librement associés à n’importe quelle forme d’esclavage salarié, de tortures, d’abrutissements, de mutilations et d’aliénations. C’est mélanger les deux dans un terme flou qui masque l’oppression dans un signifié implicite qui voudrait seulement dire « faire un truc ». C’est faire comme si depuis plus de 200 ans, ce terme n’était pas utiliser pour décrire l’humiliation et la contrainte quotidienne que représente l’obligation de se vendre pour gagner le droit de survivre. D’autant plus que 131 ans après l’écriture du « Droit à la paresse », où Paul Lafargue (en 1880) expliquait déjà que 3h par jour seraient amplement suffisant à satisfaire les besoins vitaux de la société pour chaque individu (si on supprimait la plus-value et donc la propriété privée et le capitalisme), il est d’autant plus vrai aujourd’hui que le niveau atteint par la technique rend quasiment le travail humain virtuellement obsolète. Ce n’est pas un hasard si la classe dominante partout dans le monde vente les louanges du travail en tant que « valeur sociale ». La nécessité historique du travail forcé en tant qu’activité humaine touche à sa fin. Ou plutôt n’en finit plus de toucher à sa fin. Même la gauche et l’extrême gauche ont abandonné depuis longtemps leur identité « progressiste » dans cette stratégie qui voulait qu’à travers la réduction du temps de travail on en arrive à supprimer l’exploitation salariée. Elle en est même, au contraire, aujourd’hui à vanter la « création d’emploi ». Et on justifie la nécessité du travail en inventant des emplois au nom de l’écologie, de la construction d’autoroute, dans une usine de pneu ou pour faire du street marketing au moment même où pour la première fois dans l’histoire de l’humanité se profile la possibilité d’abolir le travail en tant que corvée et activité séparée de la vie.

Vous ne savez pas quoi faire de votre vie ? Ne vous inquiétez pas, le gouvernement va vous créer un emploi ! Des milliers d’années de philosophie retournées comme un gant de bain sale. La question n’est plus « qui suis-je ? Où vais-je ? » mais « à quoi vais-je servir ? » ou plutôt « qui vais-je servir ? ». L’utilitarisme capitaliste touche ici à ce qu’il a de plus absurde.

La condition de chomeur est ce bug dans la « matrice » de l’idéologie dominante : il veut forcement travailler, ou alors c’est un feignant et un parasite. Dans tout les cas, c’est un être triste et servile. Sans désir et forcément malheureux (au moins jusqu’à l’entretiens d’embauche concluant).

Et peut être qu’elle commence là, la lutte « contre le chomage » des chomeurs et précaires : par rejeter cette classification biaisée, rejeter la culpabilisation qui va avec, oser s’imaginer heureux sans travail (même temporairement), et s’organiser en conséquence.

Non pas juste « pour demander du travail et un salaire décents », mais, avec les salariés, avec tout-e-s les autres exploité-e-s, pour lutter contre l’aliénation du travail et le système du salariat. Lutter contre la propriété privée en l’attaquant en son coeur : en refusant de payer partout où c’est possible. En organisant l’entraide localement, sabotant ainsi l’intégration forcée au travail et à tout le système d’exploitation capitaliste. Faire en sorte que « ne pas avoir de travail » ou « perdre son boulot » ne soit plus une fatalité qui conduit immédiatement à courir après le suivant ou à se culpabiliser. Multiplier les bouffes de quartier, les cantines collectives et les espaces communautaires et activités gratuites, les lieux d’échanges gratuits, les permanences d’informations pratiques, collectiviser les allocations et autres prestations sociales, organiser des auto-réductions, s’organiser pour empêcher les expulsions locatives, ouvrir des lieux d’habitations, des squats, des centres sociaux autogérés, créer des co-opératives agricoles ou autres pour permettre à ceux et celles qui le désirent de produire pour survivre (mais sans hiérarchie, sans patrons), même si ce ne sont que des solutions temporaires, tout en continuant de lutter pour précipiter la chute de ce monde.

Tout ce qui peut renforcer l’autonomie individuelle et collective, sans aller dans le sens d’un projet « alternativiste », mais dans une perspective clairement révolutionnaire ou insurrectionnelle, ne peut que nous rendre plus forts et plus fortes et accélérer l’histoire. Moins nous sommes affairé-e-s à survivre dans nos petites bulles individuelles ou notre petit milieux, et plus nous avons de temps pour faire autre chose. Pour vivre, pour lutter, etc. Toutes ces propositions sembleront cruellement routinières à certaines personnes qui crieront au déjà-vu, et pourtant si peu appliquées. Elles ne suffisent évidement pas, mais sont des pistes lancées. Une chose est sure : à moi, ça me parle plus qu’une manif balisée par les syndicats-poubelles et pacifiée les flics pour demander un boulot de merde payé des miettes.

Contre le chômage, et contre le travail, ses profiteurs et ses idéologues :

Détruire le salariat, depuis l’intérieur… ou l’extérieur.

Un ennemi débonnaire du travail et de l’Etat.

(publié sur Indy Paris)

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§ Une réponse à Contre le chômage. Contre le travail aussi.

  • peuimporte dit :

    J’ai toujours été en colère contre le système éducatif qui s’ingénie à séparer les gens dès leurs premiers mois/années de vie en disant que c’est ça « grandir, » « gagner en autonomie. » C’est si généralisé, ça commence tellement tôt que ça ne vient même plus à l’idée de personne (ou presque) de remettre ça en question. C’est le lien que je fais entre l’éducation, l’école et le travail. On sépare les gens, on les fragilisent, on les conditionne pour qu’ils trouvent les situations inacceptables, acceptables. Les gens réclament de conserver leurs chaînes, leur aliénation. Les gens manifestent pour avoir du boulot, pour conserver leur maigre salaire obtenu en subissant des conditions épouvantables. Même les indignés sont révoltants. Même mon fils qui ne va pas à l’école a dit, le jour de ses neuf ans : je suis inutile. Toute cette manipulation des esprits flotte dans un air nauséabond contre lequel je ne sais plus que faire. Si mon propre enfant me fait une telle remarque, les larmes me viennent. Mon enfant qui m’a vue pleurer de rage à cette manif et à qui j’ai expliqué combien c’était triste de voir ces gens défiler pour réclamer non pas une amélioration, un changement, une transformation, mais le maintien de ce qu’ils connaissent sait combien nous tentons de sortir des rangs, de faire un pas de côté pour vivre là, tout de suite et pas survivre, pas penser sans cesse à « demain, » à « plus tard, » à « on ne sait jamais, » à « au cas où » etc. Les gens me demandent si je n’ai pas peur qu’il n’ait pas de boulot parce qu’il n’est pas scolarisé. Et c’est une autre envie de hurler qui me prend. Mais qui vous dit que ça existera encore le boulot, la société telle qu’on la connaît, qui vous dit que ce seront ceux qui ont suivi les clous qui s’en sortiront le mieux, qui vous dit combien de temps vous allez encore vivre ? Et si on apprenait demain qu’il ne restait plus que quelques mois ? Vous croyez vraiment qu’on peut traverser l’existence en n’étant jamais là, à l’instant T, présent, totalement conscient d’avoir la chance de respirer, de marcher, de serrer l’autre contre soi, de rire ? Mais foutez-nous la paix avec votre trrrrravail. Les gens se font plumer sur pattes et ils réclament que ça continue. C’est pas à hurler ça ? Voilà mon rêve, demain, après-demain, je ne sais quand, ça arrive. Plus personne ne va travailler, sur toute la planète. Le système s’écroule, on fait table rase. On se met à vivre sans ce demander combien on va gagner, si on est en retard, comment on va faire pour faire garder les gosses. On vit, on fait ce qu’il y a à faire, dans la joie totale de suivre son élan. Je rêve hein, oh oui je rêve parce que je suis au bord de l’im/explosion.

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