Terreur et Union nationale

28 mars 2012 § Poster un commentaire

C’est tous les jours que ce monde produit de l’horreur

Dans les guerres que se mènent les États entre eux, ou contre des groupes
qui, s’ils ne sont pas à proprement parler des États, ne rêvent que de
pouvoir et de domination sociale et politique. A coups de bombes et autres
armes frappant plus largement que les seuls adversaires soi-disant visés,
c’est-à-dire frappant des centaines et des milliers d’individus qui ne
demandaient pas à prendre part à ces guerres, en tout cas qui ne
souhaitaient pas en crever. Cette tuerie et cette mutilation permanentes
s’étendent jusque dans les conséquences sociales dues au capitalisme : par
son travail, son industrie, ses nuisances, les maladies qu’il provoque en
pagaille. Jour, après jour, après jour.

Cette horreur diffuse devient banale, on ne l’évoque qu’en citant des
chiffres : dix morts par-ci, trente morts par-là, des centaines et des
milliers de blessés. Banale comme une hécatombe suite à un tsunami, un
tremblement de terre, fatale comme le sont les fureurs et le déchaînement
périodiques de la nature. On l’évoque donc (il est parfois plus profitable
pour certains d’évoquer le drame que de le taire, les larmes mêmes pouvant
être productives de façon intéressante dans ce monde pourri), on la glisse
dans un bulletin d’information, rapidement, car on n’a au fond rien de
bien substantiel à en dire. N’oubliez-pas, citoyens, le drame est là, la
mort frappe toujours à nos portes, et face à elle, combien est douce la
sécurité et la stabilité que l’État et l’afflux de marchandises vous
apportent ! Que le petit quotidien de la survie continue et tout ira fort
bien.

Mais tout à coup, voilà qu’un fait parmi d’autres arrête le temps qui
passe, qu’une horreur parmi d’autres crève l’écran, que la normalité fait
une pause, voilà qu’on devrait se mettre à réfléchir, alors que le reste
du temps il faut juste courir vers nulle part. Voilà qu’il ne s’agit plus
de quelques « brèves de l’horreur », lointaines et insignifiantes, mais de
l’Horreur, avec sa figure terrifiante, la mort terroriste juchée sur un
puissant scooter et revêtue de noir, qui a la fourberie de se masquer sous
un casque intégral, pour échapper aux preux chevaliers de la police
judiciaire. Elle laisse sept morts derrière elle.

Revenons rapidement en arrière. Oui la mort frappe continuellement, pas la
mort qui vous enlève tranquillement la vie, pas juste celle qui fait que
vous vous endormez dans votre lit un soir sans vous réveiller le lendemain
matin. Pas juste celle qui vient vous rappeler que, bon gré, mal gré, la
vie des êtres humains ne dure que quelques décennies et qu’il y a une fin
à toute chose. Non, celle qui tape brutalement, qui laisse son paquet
d’estropiés et d’amputés dans son sillon, en plus des cadavres ; celle qui
laisse aussi la terreur, qui cherche à l’inscrire dans le crâne de ceux
qui survivent. Qui veut frapper les esprits pour mieux paralyser le corps,
déposséder les individus de toute prise en main autonome et concrète de
leur existence. Comme nous le disions, cette mort-là a des médiateurs, des
responsables particuliers. Ils agissent toujours au nom d’une idéologie,
qu’elle soit politique ; démocratique ou non, ou bien religieuse, peu
importe quelle religion particulière historiquement, ou bien tout ça à la
fois. La faux qui s’abat pour occire et terroriser ne tombe pas du ciel,
ou si cela arrive, c’est par un avion bombardier, ou par un lance-missile
à longue portée, et pas par les foudres divines. Elle ne vient pas d’une «
main invisible », mais d’un bras souvent vêtu de kaki, et peu importe quel
écusson y est épinglé.

Dans le cas qui amène ces réflexions, il aurait été en effet fort
plausible que sous l’habit noir du « motard déséquilibré », se cache aussi
le kaki, puisqu’une des premières éventualités énumérées était qu’il
s’agisse d’un ancien para à tendance néo-nazie voulant épancher ses
pulsions racistes sur d’anciens collègues trop basanés à son goût, et sur
des personnes identifiées comme « juives ».
Ce qui, accordons-nous sur ce point, était de l’ordre du possible. Mohamed
Merah, l’homme identifié et finalement exécuté par le RAID, avait par le
passé tenté de s’engager dans l’armée, au sein de la Légion étrangère. Il
aurait donc tout aussi bien pu tuer autrement, et ailleurs. On l’a vu il y
a quelques semaines, lorsqu’un G.I. américain en poste en Afghanistan est
sorti de son camp pour aller tirer dans le tas dans un village voisin,
massacrant indistinctement plusieurs personnes. Et oui, l’armée française
est bien active en Afghanistan -et ailleurs- sous l’égide de l’OTAN ;
occupation que les États appellent « mission de sécurisation, d’assistance
et de transferts des compétences en ce domaine à l’État Afghan », et que
nous appelons simplement guerre et occupation militaire. Cela signifie, à
moins de vouloir changer la signification des mots, bombarder, tuer,
massacrer, pacifier par la force et la contrainte, contrôler, humilier,
perquisitionner et au besoin exécuter. Si le « tueur de Toulouse » avait
été engagé à l’époque dans l’armée, force aurait été de conclure qu’il
aurait été formé à l’école même de l’État. On ne l’aurait alors pas
désigné comme « tueur sanguinaire », mais comme « simple soldat ». Dans le
cas de Toulouse et de Montauban, l’acte d’appuyer sur la gâchette n’a pas
été donné par le commandement militaire, et les cibles n’ont pas été
désignées par lui. Pas cette fois-ci, précisément. Mais dans bien d’autres
situations, dans bien plus de situations, ça l’est.

Aussi quand l’État décide de rayer de la carte des villages et des villes
entières, donc des milliers de vies humaines, par le napalm, la bombe
thermonucléaire, les fameuses frappes chirurgicales ou toute autre
joyeuseté en sa possession, c’est la raison qui parle, la civilisation, la
démocratie, et même, allons-y dans le cynisme, le Progrès et la « liberté
». Il y a donc l’horreur et les massacres justifiés, les guerres justes et
les guerres saintes, et puis il y a le « tueur à scooter de Toulouse ».
Celui-ci est, selon une foule d’experts qui accoure la bave aux lèvres dés
que le sang coule sur le trottoir, un « fou isolé », un « déséquilibré aux
motivations idéologiques », un « terroriste individualiste » (sic). Soyons
clairs et nets : un type comme celui-là, on ne va pas pleurer sa mort.
Mais ceci dit soyons clairs et nets jusqu’au bout : qu’est-ce qui, ces
derniers jours, a fait la teneur de ce que politiciens, médias et
représentants communautaires ont qualifié de « drame national » ? Voilà
qu’une réponse fuse, évidente : « on ne s’en prend pas aux enfants » et «
s’attaquer à des personnes en fonction de leur religion, couleur de peau,
ou origines supposées, c’est de la barbarie ».

De la barbarie, bien. Je ne connais pas, personnellement, de barbares,
j’en suis désolé. Je ne connais que des individus devant survivre au sein
de la civilisation, entre les mailles de la grande broyeuse économique
(qui mange aussi des enfants), que la politique vient souvent racoler sous
des fanions verts, bleus, roses, rouges, tous tricolores au final.
Certains s’y accommodent assez bien, d’autres n’en peuvent plus ; les uns
crient « vive la patrie ! », d’autres en ont marre et se tirent une balle
dans la tête ou se pendent, en laissant un mot disant à peu près « Travail
m’a tuer ». Les uns se débrouillent comme ils peuvent pour grappiller
quelques miettes, quitte à faire une crasse à un autre forcé lui aussi de
se débrouiller. Les uns vantent sourire aux lèvres les vertus de cette
société, du labeur et de la famille, les autres (parfois ce sont les mêmes
en fait) se shootent au Prozac, juste pour... continuer. Il y en aussi qui
en ont plus qu’assez de cette foutue vie de merde, mais qui avant de
casser leur pipe se rebellent, mordent la main du maître, pourrissent la
vie du donneur d’ordres. Certains parmi eux s’en tirent pas trop mal,
d’autres (combien de millions sur cette planète murée ?) finissent
derrière des barreaux. D’autres sont assassinés par les flics. D’autres
tirent dans le tas, souvent en revendiquant une cause, parfois par ce
qu’on appelle par défaut nihilisme.

Je vois très bien tout ça, mais je n’ai jamais vu de barbare. Barbare,
barbare... ah oui, le barbare, celui qu’on définit par opposition à la
civilisation. Il y a la civilisation, et il y a la barbarie. Les barbares
et les civilisés. Les citoyens et les sauvages. Les uns sont courtois et
polis, mangent à table et sont propres, sont sages à l’école, utiles à la
société, et celle-ci leur rend hommage par une petite dalle de marbre à
l’heure dernière. Les autres... Quelle horreur ! Mais là, il s’agissait
d’un nouveau type de barbare, un barbare roulant en T-MAX Yamaha et équipé
d’armes automatiques. Un barbare à la pointe de la technologie, et animé
par une idéologie. Mettons un peu d’ordre dans tout ce merdier. Armes de
guerre, puissant engin à moteur, racisme, idéologie, agissement froid et
maîtrisé, art de la gâchette et même camera embarquée. Notre barbare
n’était pas habillé de peaux de bêtes, il ne tenait pas de gourdin
grossièrement taillé, il avait sûrement en tête tout un argumentaire bien
raisonné pour expliquer pourquoi il faut méthodiquement et froidement
éliminer tout ce qui est « juif » (les militaires, c’est encore autre
chose) de la surface du globe. Isolé disait-on ? « Fou » ? « Terroriste »
?

Isolé. Certainement pas. Pour notre grand malheur, des personnes qui, sans
peut-être appuyer sur la gâchette à tout va, sont animés par l’idéologie
raciste et/ou religieuse, il y en a eu un paquet dans le passé, il y en a
encore plein aujourd’hui, et ce à tous les échelons et postes de la
société, « serviteurs de Dieu » aussi bien que militaires, simple quidam
anonyme ou personnage d’État. Le « tueur à scooter » agissait peut-être
seul, mais ce qui le mettait en branle, son idéologie rance, occupe aussi
l’esprit d’un grand nombre de gens. En d’autres termes, on parle d’arbre
qui cache la forêt ou de pointe visible de l’iceberg.

Fou. Comment dire... Ce terme, en fin de compte, est aussi bancal que
celui désignant les fameux « barbares ». Qui est fou, qui est « sain
d’esprit » et incarnation de la Raison Pure, vaste question, qui agite
peut-être frénétiquement les pensées et calculs des spécialistes,
sociologues, médecins, généticiens, psychologues, psychanalystes,
psychiatres et autres psychothérapeutes, mais qui à vrai dire nous laisse
un peu indifférents. La folie est tantôt décrite comme l’incapacité à se
conformer aux normes sociales, tantôt comme résultant au contraire d’une
overdose de normalité, on parle des fous d’amour, des fous à lier.
L’argent, le pouvoir, l’environnement déprimant, le travail, la jalousie,
la voiture comme le métro, la possession et la dépossession,
l’enfermement, les médicaments mêmes, rendent les gens « fous ». La
société rend « fou ». Parler de folie dans ce cas précis, c’est empêcher
de mettre le doigt sur l’idéologie et la logique morbide qui est derrière
l’acte.

Terroriste. Pour l’instant, on sait que le tueur a tué, et qu’il a crée
une certaine terreur. Peut-être son but était simplement de tuer,
peut-être voulait-il à la fois tuer et répandre la terreur. Mais on ne le
sait pas. Nous pensons en avoir assez dit au début de ce texte concernant
cette question du terrorisme : qu’on invoque le Führer, je ne sais quel
Dieu ou prophète, ou la République démocratique, un massacre (plus ou
moins discriminé, ça ne change pas grand’ chose à l’affaire) reste un
massacre, et le pouvoir reste le pouvoir, la domination veut dominer, et
pour cela, tuer en masse et terroriser vont de pair ; terroriser et
contrôler (de façon plus ou moins violente), terroriser pour exploiter.
L’État est nécessairement terroriste, c’est lui qui a crée le concept de
Terreur et la réalité qui va avec.

Et c’est l’État qui prétend, pas seulement depuis ce lundi ou quatre
personnes ont été abattues devant et dans une école à Toulouse, mais
depuis des décennies, mener la lutte « anti-terroriste ». « La République
est bien plus forte que le terrorisme », clame le chef de l’État. On lui
répondrait facilement (si on avait cette idée bizarre de vouloir dialoguer
avec le pouvoir) : « La République est forte comme le terrorisme, par le
terrorisme ». Certes, il serait simpliste de ne voir dans la domination
que la résultante de la terreur, imposée avec force. Il y a bien aussi,
une forme de consensus, d’intérêt parfois partagé entre l’État et des pans
de la société, d’acceptation plus ou moins teintée de dégoût. De la
servitude volontaire et de la résignation, de la servilité par lâcheté ou
par conviction, par peur ou par résignation. Une résignation monnayée, peu
ou prou. Une soumission obtenue par la menace de crever de faim, de se
retrouver à la rue. Par la carotte et par le bâton, par le salaire et par
la prison.
Toujours est-il que le gouvernement en a profité pour décréter le passage
au niveau « écarlate » du plan Vigipirate, soit le niveau maximum, dans la
région Midi-Pyrénées et les départements limitrophes. Pas un seul des
salauds politiques, adorateurs du pouvoir, ne l’a critiqué sur ce point,
et ça n’étonnera que les niais. Voici, dans le verbiage chatoyant propre
au langage de l’État, ce que vise le plan Vigipirate élevé à ce niveau : «
prévenir le risque d’attentats majeurs (simultanés ou non), mettre en
place les moyens de secours et de riposte appropriés, des mesures
particulièrement contraignantes pouvant être mises en œuvre, protéger les
institutions et assurer la continuité de l’action gouvernementale". En
deux mots comme en mille : occupation policière et militaire à chaque coin
de rue, surveillance omniprésente, possibilité de contrôles à tout
instant, en tout lieu et sans « justification formelle », peur diffuse. Il
s’agit du dernier stade avant l’état d’urgence. La même chose qu’en temps
normal, est-on tenté de dire. Oui, seulement avec l’effet d’annonce en
plus, et avec un peu plus d’intensité et surtout plus de moyens. Le plan
Vigipirate est activé depuis le début des années 90, au niveau « rouge »
depuis les attentats de Londres en 2005. Mais la démocratie se réserve
tout le temps la possibilité de resserrer et de desserrer l’étau de son
contrôle social sur les populations en fonction de la situation : émeutes
généralisées, situation pré-insurrectionnelle, état de guerre, catastrophe
nucléaire...Les situations dites d’urgence, décrétables et multipliables à
l’envie, permettent de mieux ancrer dans l’esprit et la peau de tout un
chacun l’habitude d’être parqué, surveillé, déplacé, fiché, fliqué. De
réaffirmer le monopole de la violence entre les seules mains de l’État, et
de façon visible, démonstrative même. Il est donc vain de s’indigner face
à de supposées « lois d’exception » qui seraient l’envers de la normalité
démocratique. Les deux sont inséparables.

Que dire aussi de ce monde polarisé en identités imaginaires ? Lorsque le
tueur assassine des personnes d’origine musulmane, on convoque les dits «
représentants » de la « communauté » musulmane pour exprimer son chagrin.
Puis lorsqu’il tue des personnes d’origine juive, on convoque les
équivalents juifs. Comme si le chagrin causé par la mort d’un individu ne
concernait que ses co-religionnaires, comme si le chagrin devait forcement
appartenir à un groupe social bien défini. C’est dans cette confusion
identitaire bien typique de l’époque, additionnée à ce que Dagerman
appelait la « dictature du chagrin », que le voile nauséeux de l’autorité
assoie la domination de ses sujets. Pourquoi le président se sent-il
obliger d’aller s’expliquer avec le premier ministre israélien à chaque
fois qu’un crime raciste est perpétré contre une personne désignée par ses
agresseurs comme juive ? Ces personnes appartiennent elles à l’Etat
israéliens ? Ces personnes appartiennent elles à une quelconque communauté
avant de s’appartenir à elles-mêmes ? Quand cela arrange le pouvoir, les
victimes sont d’abord françaises, des « enfants de la République », et
quand il faut brosser dans le sens du poil les lobbys religieux, on use du
discours contraire. Quoiqu’il en soit on reste dans le culte de la
charogne et les logiques politiques et électoralistes de récupération ou
non, selon les opportunités.

Dans une unanimité touchante, nos
écolo-socialo-souveraino-centro-frontdegaucho-facho-réacto mêlent donc
leurs voix pour entonner : « Vive la République ! Vive l’Union Nationale !
». Les quelques voix critiquant partiellement ce chantage se sont
empressées de préciser qu’elles encourageaient par ailleurs le travail des
enquêteurs et des forces de l’ordre, à savoir la Section Anti-Terroriste,
et qu’en cas de changement de majorité au parlement, les moyens des
services de renseignements seraient augmentés.
L’Union Nationale, parlons-en. Celle qui s’enthousiasmait dés le XIXe
siècle pour aller porter les lumières républicaines dans les contrées
lointaines à coup de canons, de sabre et de goupillon, celle qui permit la
boucherie de 14-18, celle qui porta Pétain sur un trône, celle qui releva
le capitalisme en 45 en larguant quelques bombes à Sétif et en laissant
bien tranquilles les collabos, qui massacra, tortura et jeta allègrement
dans la Seine pendant la guerre d’Algérie. Celle qui permet au pouvoir de
mieux isoler, mater et éliminer les rétifs, les rebelles, les sans-patrie,
les révolutionnaires, ceux qui crachent sur tous les drapeaux et tous les
régimes. Qui refusent d’aller se faire trouer la peau et de trouer la peau
des autres pour des intérêts qui ne sont pas les leurs, qui ne le seront
jamais.

Nous sommes de ces derniers, et nous comptons bien ne pas rester
impuissants dans la posture du refus. Nous refusons et nous combattons à
la fois le chantage de l’unité nationale, le ralliement sous la bannière
républicaine, qui est toujours l’horreur étatique et capitaliste. Nous
refusons tout autant de crier avec les loups avides de racket
communautaire et religieux, cette autre forme de muselage universel qui,
loin de s’opposer à la domestication politique et au règne de l’argent, en
est leur compagnon de route historique, très efficace pour diffuser
hiérarchie, fatalisme, obéissance et division entre pauvres.

Si nous autres opprimés, indésirables et révoltés dans ce monde, devons
critiquer et combattre jour après jour tout ce qui fait de nous des
esclaves, ça ne sera jamais en tirant dans le tas, ni pour répandre la
terreur et l’horreur, mais précisément pour en finir avec tout ce qui en
est la cause : l’État, le racisme et le nationalisme, l’argent, Dieu.

Pour la liberté.
La liberté pour tous et toutes.

Ni citoyens, ni flics
Ni fascisme, ni démocratie
Ni religion, ni terreur
Ni fric, ni État
Ni patrie, ni nation, ni frontières
Ni maîtres, ni esclaves.

20 mars 2012.
http://www.non-fides.fr/?Terreur-et-union-nationales

Des nouvelles des prisonnières politiques basques enfermées à Dijon

22 février 2012 § Poster un commentaire

Mi janvier, l’ABC Dijon vous a alerté quant à la situation de prisonnières politiques Basques incarcérées à la Maison d’arrêt de Dijon. Itziar Moreno et Oihana Garmendia entreprenaient alors grève de la faim pour revendiquer :
- l’obtention de doubles parloirs (leurs familles entreprennent un voyage de plus de 2000 KM aller-retour pour seulement 45 minutes de visite),
- le respect de leurs droits en détention,
- un rapprochement géographique du Pays Basque. A cette époque, le juge a répondu favorablement à leurs demandes. Le positionnement de ce dernier a permis de rendre Itziar, Oihana et leurs proches un peu plus confiants quant à la prise en compte de leur parole et à l’application de leurs droits en détention. Malgré cela, nous avons annoncé rester vigilants quant à leur situation. Notre naturel pessimiste et douteux face aux promesses d’un représentant de l’Etat s’est avéré justifié…

Voici le récit de la dernière agression subie par les prisonnières politiques basques incarcérées à Dijon :

Itziar Moreno a demandé la permisson d’aller au gymnase avec une autre prisonnière. Celle ci lui a été accordée. Le 6 février 2012, alors qu’Itziar quitte la cour en direction du gymnase, deux fonctionnaires de police l’arrêtent, lui refusant l’accès au gymnase. Itziar tente de faire valoir sa permission et sollicite la présence de la surveillante chef. A son arrivée, celle ci dément avoir accordé une permission. On laisse alors à Itziar le choix entre un retour en cellule ou un séjour au mitard. En signe de protestation, Itziar s’assied au sol. C’est alors que les surveillant/es l’attrapent par la jambe et la traînent par terre. Mais cela ne suffit pas. Itziar, toujours au sol se voit asséner des coups de pieds de la part des fonctionnaires. En plus d’hématomes sur la jambe gauche, Itziar souffre de douleurs aux côtes (l’obligeant à passer une radio).

La sanction est vite tombée : Itziar est punie de 30 jours d’isolement en cellule disciplinaire pour « agression de fonctionnaires » ! Au mitard, malgré le froid glacial de ces derniers jours, l’administration pénitentiaire refuse de donner à Itziar plus d’une couverture (aucune « règle » ne limite le nombre de couverture à donner aux détenus en cellule disciplinaire !). Au delà de ces conditions de détention inhumaines, Itziar est l’objet de harcellement de la part des surveillant/es : éblouissement à la lampe torche la nuit alors qu’elle tente de trouver le repos…

Pendant ce temps, Ohiana est isolée, enfermée dans sa cellule avec comme seul droit une heure de promenade le matin.

Tout ceci a déjà été dénoncé à plusieurs reprises.

Ce n’est pas la première fois que les droits des prisonnières politiques basques incarcérées à Dijon sont bafoués. Mais pour la première fois, il y a eu recours à l’agression physique. Le directeur de la maison d’arrêt semble accepter et légitimer toute forme de pression (violence morale et/ou physique) à l’égard d’Itziar Moreno et d’Ohiana Garmendia.

Les proches et amis d’Itziar et d’Ohiana sont inquiets et écoeurés d’être témoins de traitement inhumain dont elles sont victimes. Nous dénonçons la violence du personnel pénitentiaire et la permissivité de M. Champion, directeur de la maison d’arrêt face à une telle maltraitance. Cela nous amène à penser que les attaques à leur égard sont sans fin et d’une virulence de plus en plus grande.

Ça suffit ! Laissez Itziar et Ohiana tranquilles ! Laissez les prisonnier/es politiques tranquilles ! Plus d’agression envers nos proches ! Prisonnier/es basques au Pays Basque !

Un nouveau lieu occupé par les migrant-e-s à Dijon !

27 janvier 2012 § Poster un commentaire

Soutien bienvenu à l’intersection du boulevard de la Marne et de l’avenue Arstide Brillant.

Depuis plusieurs mois déjà à Dijon, la situation critique des demandeurs et demandeuses d’asile est de plus en plus médiatisée. La régionalisation des demandes d’asile, contraignant les migrant-es à faire leur demande à la préfecture de région et donc à Dijon, a entraîné une hausse du nombre de migrant-es présents dans la ville. La fRance, signataire de la convention de Genève, s’est engagée à accueillir les demandeurs et demandeuses d’asile dans les meilleures conditions, notamment en leur proposant un hébergement décent et des possibilités de s’alimenter convenablement. La préfecture de Côte d’Or, comme bien d’autres en fRance, ne respecte pas ses obligations. C’est ainsi que depuis l’été dernier, plusieurs centaines de personnes en attente de papiers vivent à la rue à Dijon. La préfecture a accordé deux rendez-vous aux associations qui soutiennent juridiquement et matériellement les personnes migrantes. Ces associations demandaient à la préfecture d’opérer des réquisitions pour les accueillir, mais aucune mesure n’est prise pour les loger, la préfecture prétextant l’inexistence de lieux pouvant accueillir tant de personnes. Aucune réquisition ni mesure d’urgence ne sont envisagées. Dans ce contexte, deux lieux avaient déjà été ouverts et occupés par des demandeurs et demandeuses d’asile, venant essentiellement de pays d’Afrique de l’Est où la situation politique est plus que fragile (Somalie, Ethiopie, Erythrée notamment).

Ce désengagement de l’État et le nombre important de personnes concernées associés au fait que ces personnes arrivent de pays en guerre (et donc risquent réellement leur vie dans leur pays d’origine, plus que si illes étaient de « simples » réfugié-es économiques, aux dires des membres de certaines associations) ont fait fondre la frilosité à laquelle les associations « citoyennistes » nous avaient habitué-es face à la « réquisition » non-officielle de logements vides pour les migrant-es. C’est ainsi que ce jeudi 26 novembre a eu lieu l’ouverture publique d’un nouveau squat de demandeurs et demandeuses d’asile à Dijon, avec le soutien des membres de ces associations (voir le texte de l’appel à la manif ayant amené au squat).
Pour les militant-es squatteur-euses habitué-es à ce type d’évènement, cette expérience était à la fois nouvelle et enrichissante : une nouveauté dijonnaise que d’ouvrir ensemble, entre personnes de tous âges et tous horizons sociaux, un bâtiment permettant d’héberger des migrant-es au sein d’un endroit adapté, propre, avec chauffage, eau et électricité.
Ce bâtiment n’est par ailleurs pas anodin, symboliquement, puisqu’il s’agit de l’ancien internat de l’Ecole Nationale des Greffes, et qu’il appartient au Ministère de la Justice. Il est occupé depuis le mardi 24 novembre par une vingtaine de personnes..

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Ce jeudi 26, une manif organisée en soutien aux demandeurs et demandeuses d’asile s’est terminée sur les lieux occupés. Environ 150 personnes étaient présentes, migrant-es et soutiens confondus. À notre arrivée, l’occupation qui se déroulait clandestinement depuis 2 jours a été rendue publique, une banderole a été déployée sur la façade du bâtiment, clamant « Un toit pour tous et toutes. Solidarité avec les migrant-es ».
Le directeur de l’Ecole ne le prend pas sur le même ton enjoué, en voyant arriver une foule hétéroclite et ravie, qui, sur fond d’une sono poussive scandant des chants qui évoquent la situation des migrant-es en fRance (et ailleurs), visite et s’enthousiasme des capacités d’accueil du lieu. Les migrant-es téléphonent à leurs ami-es pour les inviter à les rejoindre. C’est l’effervescence à tous les étages, très vite les 50 chambres sont occupées.

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Le directeur nous rencontre pour nous expliquer qu’une décision par rapport à cette occupation n’est pas de son ressort et qu’il va en informer sa hiérarchie, le ministère de la justice lui-même. C’est nous faire trop d’honneur. De notre côté, nous lui expliquons que les personnes occupant le lieu y étant depuis plus de 48 heures, ce lieu est devenu désormais leur domicile, qu’il ne peut donc plus agir autrement qu’avec une procédure au tribunal…
D’ici à ce qu’il reçoive ses ordres de sa hiérarchie, et pour être sûr que nous ne pénétrions pas plus avant dans l’enceinte de l’école, il fait venir une patrouille de flics, qui nous chaperonneront toute la nuit, allant jusqu’à interdire le passage aux stagiaires et autres personnels du ministère de la justice domicilié-es sur place et refusant de montrer leurs papiers pour rentrer chez elleux (ce qui fera repartir certains « fonctionnaire de justice » en criant « À bas l’État policier »…). Les flics continuent d’ailleurs leur manège le matin et refoulent les stagiaires qui amènent leurs enfants à la crèche interne voisine, obligés de passer par une autre entrée. En attendant, la nuit s’avance, une gamelle de pâtes apparaît miraculeusement, accompagnée de thermos de thé, de matelas et de couvertures. Les gens commencent à s’installer pour une nuit dont on espère qu’elle ne sera pas trop courte, et l’on aspire à ce que les pandores ne débarquent pas à six heures du matin pour expulser tout ce beau monde.

C’est la naissance d’un troisième lieu d’accueil pour les migrant-es à Dijon, qui s’ajoute à la Boucherie rue Bertillon et à une maison sur Chenôve, en attendant que les demandes de papiers prennent moins de temps et que chacun-e puisse vivre en fRance comme ille l’entend ; en attendant qu’il n’y ait plus ni frontières, ni papiers.

ACTA : le traîté secret qui pourrait changer la face d’Internet

25 janvier 2012 § Poster un commentaire

Si le traité ACTA venait à être appliqué, l’internet tel qu’on le connait aujourd’hui serait radicalement changé. Le traité renforce de façon démesurée le pouvoir du copyright (ou du droit d’auteur, en l’occurrence la différence est insignifiante), forcera les fournisseurs de services sur internet à faire la police du copyright, rendant du même coup l’hébergement de contenus générés par les utilisateurs impossible à assumer financièrement, il mettra en place des sanctions pour les utilisateurs violant le copyright, comme de leur couper l’accès à l’internet après trois avertissements, et exigera que les supports informatiques soient inspectés aux frontières (disques dur, lecteurs mp3, etc.). Ceux qui contiendraient des fichiers copyrightés téléchargés de façon illégale seraient détruits, et leur possesseurs se verraient infliger une amende.

Parmi les informations qui ont fuité du traité ACTA – toujours en négociation -, on trouve aussi la possibilité pour les ayants droits d’accéder aux informations personnelles d’un internaute, suspecté d’avoir téléchargé un contenu copyrighté, sans avoir besoin de recourir à un juge. En bref, Hadopi, à coté, ce n’est pas grand chose, mais c’est un bon début.

Les négociations autour du traité ACTA se font en dehors de tout cadre, aucune organisation internationale comme l’OMC ne les supervise. Elles ont commencé en 2006 entre les USA, la Commission Européenne, la Suisse et le Japon. Depuis, l’Australie, le Canada, l’Union Européenne, la Jordanie, le Mexique, le Maroc, la Nouvelle Zélande, la Corée, Singapour et les Emirats Arabes Unis se sont joints aux négociations.

Ce traité est négocié dans le plus grand secret, mais en mai 2008, Wikileaks.org a publié un document en révélant de nombreux éléments. C’est plus récemment que l’opinion publique a été alertée, grâce à l’EFF dans un premier temps, puis à ReadWriteWeb US en fin d’année dernière.

Beaucoup d’analystes en France voient le couple Hadopi/Loppsi comme un premier pas dans la mise en application du traité ACTA. Les récentes loi impactant l’usage de l’internet en Espagne et en Italie font penser que c’est une partie de l’Europe qui est en train de mettre en application ce traité, avant même qu’il soit signé.

Mais comme le montre les dernières évolutions législatives concernant Internet en Italie, ce n’est pas seulement le téléchargement ‘pirate’ qui est visé par ACTA, mais bien l’ensemble du web 2.0 et de la capacité qu’a donné l’internet à tous de s’exprimer (sans même parler du logiciel libre, nous reviendrons sur ce point ultérieurement). L’obligation faite aux services ‘web 2.0′ de faire la police obligerait de facto la plupart des plateformes de blog à fermer, tout comme les autres sites proposant d’héberger gratuitement les contenus des internautes.

lire la suite ici

 

voir ensuite éventuellement ici

[@Dijon] Manifestation unitaire de solidarité avec les demandeurs d’asile et tous les sans-papiers

20 janvier 2012 § Poster un commentaire

~~ En soutien aux demandeurs d'asile et à tous les sans-papiers.
~~ Contre les frontières et l'exploitation mondialisée...
~~ Parce que nous ne les laisserons pas à la rue ou se faire expulser.

L'Espace autogéré des Tanneries appelle a participer à la manifestation
interassociative 

        ### jeudi 26 janvier à 18h. rv devant la préfecture ###

Vous trouverez ci-joint le texte d'appel unitaire d'un certain nombre d'associations
dijonnaises pour cette manifestation :

- Appel interassociatif -

## Des centaines de demandeurs d’asile toujours sans hébergement.

Craignant pour leur vie, ils ont fui leur pays et demandent asile et
protection à la France au titre de la Convention de Genève dont notre
pays est signataire. 

Depuis la régionalisation de l’asile, ils sont contraints de venir
retirer leur dossier à Dijon, préfecture de région. Les dispositifs
d’accueil étant saturés, des centaines de personnes (selon des
estimations probables et recoupées), adultes et familles sont encore à
la rue ou vivent dans des conditions d’extrême pauvreté
Jugeant la situation inadmissible, un  collectif d’associations s’est
constitué.

Suite à la manifestation organisée le 8 novembre dernier, une délégation
a été reçue en  préfecture : cette dernière s’est engagée à créer, d’ici
fin 2011, des places d’hébergement. Actuellement, le nombre de places
disponibles   n’a pas été communiqué.   

Au niveau de l’OFPRA (organisme chargé du traitement des demandes),  4
nouveaux pays ont été ajoutés à la liste des pays d’origine sûrs portant
ainsi la liste à 20, dans le but de réduire le nombre de demandeurs
d’asile en France.

D’autre part, le directeur de l’OFPRA préconisait de rejeter sans
entretien plusieurs  centaines de demandeurs d’asile suspectés par les
préfectures d’avoir altéré leurs empreintes  digitales mais  une
ordonnance du juge des référés du Conseil d’Etat du 11 janvier  condamne
l’OFPRA et annule cette note interne.

Afin d’exiger un traitement  respectueux des droits humains

Les organisations signataires appellent à un  rassemblement : 

             Jeudi 26 janvier à 18 heures devant la préfecture
ACAT Dijon- Action Catholique Ouvrière – AdiSar – Afrane – Amnesty International – ATTAC21 – CFDT21 – Club UNESCO Dijon – CCFD Terre Solidaire – CSF – Espace Autogéré des Tanneries – Fraternité de St François d’Assises – FSU21 – La Cimade – La Vie Nouvelle – LICRA – Ligue des Droits de l’Homme – MRAP – Pastorale des Migrants – RESF21 – Secours Catholique – SOS Refoulement- Syndicat de la Magistrature – Urgence Solidaire 

Le retour de LOPPSI

20 janvier 2012 § Poster un commentaire

Habitants de camping, nous sommes menacés !

Urgence !

Une loi votée en toute discrétion en décembre à l’Assemblée Nationale, à la demande de députés de l’UMP, des socialistes et du gouvernement interdira de rester plus de trois mois d’affilé dans un camping. C’est l’article 2 de la loi « Léonard ».

PDF - 324.2 ko
tract Toulouse
version imprimable

C’est inadmissible, car si elle est adoptée au Sénat, cette loi signifiera :

- un déplacement forcé tous les trois mois,
- des difficultés parfois insurmontables pour trouver un autre camping, ou une nouvelle solution d’urgence,
- l’augmentation des tarifs surtout en saison haute ainsi que des frais de déplacements élevés,
- un changement de commune et des changements d’école avec des délais d’inscription intolérables et des risques d’exclusion sociale.

Comment allons nous subvenir à nos besoins, avoir une activité, créer des liens sociaux si nous sommes obligés de déménager tous les trois mois ?

La loi Léonard propose sans vergogne de défendre le tourisme en expulsant les personnes avec le statut juridique et administratif « Gens du Voyage ». C’est à dire toute personne pour qui la résidence principale est mobile comme le défini la loi de 1969.

Certain-es ont choisi ou ont adopté ce mode de vie, d’autres l’ont toujours vécu, d’autres n’ont pas d’autres solutions. Souvent, faute de solutions, les services sociaux nous ont envoyé là et la CAF nous a accordé des allocations logement.

Cette fois, c’est le bouquet, car vivre en camping sera rendu impossible. Ou irons nous ?

Nous installer comme beaucoup sont obligés de le faire sur des terrains non constructibles ? Sans possibilité de se raccorder aux fluides, et en risquant des poursuites par la mairie ou l’administration… ? Créer des bidonvilles ?

C’est pourquoi HALEM, le DAL et Goutte d’eau vous invite à une première Assemblée pour s’organiser :

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Pour Paris :

Samedi 28 janvier, à 16h Au DAL : 29 Av Ledru Rollin – Paris 12e Métros : (Gare de Lyon, Austerlitz, Quai de la Rapée)


Pour Toulouse :

le samedi 28 janvier 2012 à 14h00 Au Maquis (Réquisition Autogérée), 23 impasse des réfractaires et des maquisards 31300 Toulouse, quartier Saint Simon près du lac de la Ramée. À pied : Métro Basso Cambo (A), bus 47 arrêt Guilhermy puis suivez les flèches

Une conférence de presse où chacun-es pourra exprimer son point de vu est annoncée à 17h00


Nous exigeons :

- le retrait de cet article intolérable, il n’est pas question d’expulser des personnes pour qui la caravane ou d’autres types d’habitats légers ou mobiles constituent le domicile de leurs occupants.
- des droit pour les habitants de terrains non constructibles et les habitants de terrain de camping.
- le droit au relogement social, qu’il soit en HLM ou, pour celles et ceux qui le souhaitent, sur des parcelles permettant des installations légères comme les terrains familiaux publics ou privés.
- La reconnaissance de l’habitat diversifié.

Cette loi s’inscrit dans la même logique que les lois de 1912, de 1940, 1969, 2003 et 2007. Les premières ont amené la catastrophe des camps d’internement, les suivantes à une discrimination et une précarisation galopante. Nous avons su résister ensemble en 2011 contre la loi LOPPSI2 et nous avons gagné.

Ensemble, nous devons encore gagner….

Un toit, un lieu de vie pour moi et ma famille, c’est un droit.

Les vacances parlementaires commencent fin février. Suite à la conférence des présidents du Sénat et de l’assemblée du 17 janvier, pas de traces sur le nouvel ordre du jour de la PPL Repentin ni de la PPL Léonard sur les campings. Il reste une conférence des présidents avant la fin de session, Elle aura lieu le 8 février à 19h et décidera de la dernière quinzaine du mois.


contacts Paris :

Paul Lacoste : 06 18 94 75 16 / legrandpic@gmail.com

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Association de Gens du Voyage, Frédéric Liévy :06 11 87 53 72

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Fédération Droit Au logement, 29 Avenue Ledru Rollin – 75012 Paris / tél : 01 40 27 92 98 • fax 01 42 97 40 18 / sec@droitaulogement.org

.

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contacts Toulouse :

Clément DAVID : 06 30 94 85 71 / nomadinconduite@free.fr

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Association de Gens du Voyage, Frédéric Liévy :06 11 87 53 72

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DAL Toulouse, Jacques Ferrand : 09 51 03 41 92 / jyferrand@yahoo.fr

Pas de réveillon sans rébellion !

5 janvier 2012 § Poster un commentaire

Dans la soirée du 31 décembre, des feux d’artifice ont été tirés autour de la Maison d’Arrêt de Varces, accompagnés de phrases criées à l’attention des prisonniers :

« Pour les bonnes résolutions : ni prison, ni maton, mais plein d’évasions »

« Liberté ! Solidarité ! »

« Détruisons les prisons »

« Ni prison ni maton n’arrêteront nos rébellions »

Les cris des prisonniers à l’intérieur sont rapidement venus s’ajouter aux bruits de pétards et aux cris à l’extérieur. On espère que cela aura un tant soit peu contribué à gâcher le réveillon des matons en poste ce soir-là et à briser la mortifère monotonie carcérale.

Alors voilà, ça s’est passé le 31 décembre mais on n’était pas là pour souhaiter une bonne année, parce qu’on pense que les voeux de fin d’année ne sont qu’une manière de se souhaiter que rien ne change alors qu’en vrai, nous, on veut tout changer.

On n’est pas venu souhaiter une bonne santé.

Parce que la réalité de la taule produit plutôt l’inverse : ça abime les corps à vitesse « grand V ».

Des plombes pour voir un.e dentiste pour une carie qui finira par tourner en rage de dent (en rage dedans ?…).

La bouffe dégueulasse qui, si elle n’est pas complétée en cantinant (cher…), ne permet pas d’avoir une alimentation équilibrée.

Le cercle vicieux de la fatigue psychique qui diminue les défenses immunitaires alimenté par le manque d’activité physique et les troubles du sommeil.

Les troubles de la vue générés par le fait qu’en cellule, le regard ne porte jamais bien loin ; les murs, les barreaux et les grilles fatiguent les yeux de celles et ceux qui cherchent l’horizon.

La réalité des soins en taule c’est aussi le cachetonnage massif, avec la complicité des soignant.es, de celles et ceux qui sont trop « agité.es » aux yeux de l’administration pénitentiaire.

Combien de rebelles endormi.es par la camisole chimique ne sont plus ainsi en mesure de se reconnaître les un.es les autres ?

La santé mise à mal par l’enfermement provoque parfois des malaises, réels… ou simulés, comme celui qui a permis à un taulard de s’échapper de Corbas (maison d’arrêt ultra moderne et sécurisée de Lyon), lors d’un transfert, le 8 décembre.

Il a pu se planquer durant deux heures sous un véhicule dans les environs, avant d’être balancé par un habitant du quartier. Même dans ces bunkers, il reste des failles…

 

 

On n’est pas non plus venu souhaiter la réussite professionnelle.

Parce que le travail en prison est un moyen d’occuper ses journées, de rapporter un peu de thunes, de dépenser son énergie, mais sous étroite surveillance et dans des conditions dégueulasses[]].

Mais pour qui en fait ?

Pour des entreprises comme Eiffage, Sodexo au chiffre d’affaire extrêmement élevé (jusqu’à plusieurs milliards annuels) qui en plus de se faire du fric en gérant des prisons, imposent aux prisonnier.ères qui veulent bosser ce terrible paradoxe de devoir participer à l’entretien des murs qui les enferment.

Le travail en prison c’est des prisonniers.ères esclaves et une source de profit facile pour des entreprises comme Renault ou Orange qui font de la sous-traitance et peuvent éventuellement prétendre participer à la réinsertion de celles et ceux qu’elles exploitent. Il paraît en effet que c’est un bon moyen de s’intégrer, et pourtant c’est tellement difficile de trouver du travail après avoir été en taule.

Et puis s’intégrer à quoi ?

C’est plutôt un moyen de pacification en prison comme ailleurs parce qu’en travaillant on peut gagner un peu d’argent, être moins dans la misère.

L’administration pénitentiaire a tout intérêt à ce que les détenu.es passent leur énergie au travail, c’est encore un des meilleurs moyens pour mater l’esprit de révolte.

A l’intérieur, on peut malgré tout apprécier le fait de quitter la cellule, de voir d’autres prisonnier.ères, de savoir utiliser des machines et outils… ce qui peut avoir de multiples usages !

 

 

On n’est bien sûr pas venu pour souhaiter « du succès dans les amours ».

Parce que la taule isole de celles et ceux qu’on aime. Elle observe de ses sales yeux inquisiteurs les moments de retouvailles, en lisant les lettres échangées, en surveillant les parloirs, en transférant selon son gré les personnes loin de leurs proches. La taule cherche à abîmer les liens qui nous sont précieux, à créer / entretenir une misère affective qui isole et détruit encore plus.

En même temps, elle impose le contact avec d’autres qu’on n’a pas choisi, et en premier lieu avec les uniformes : contacts physiques imposés lors des fouilles à répétition, contacts quotidiens pour manger, aller en promenade, avoir son courrier. Quand le maton fait partie du paysage et que les personnes qu’on aime sont (généralement) de l’autre côté des barreaux, est ce qu’on peut encore parler de « vie sentimentale » ?

Est ce qu’on est libre de s’aimer dehors ?

D’aimer qui on veut, hommes et / ou femmes, comme on le veut, en dehors de la famille, de la religion et des conventions ?

Ces normes, si pesantes au dehors, sont encore plus lourdes à l’intérieur dans cet univers complètement hostile. A la misère affective et à l’isolement, nous voulons opposer la solidarité, et des coeurs qui battent sans foi ni loi !

On ne veut souhaiter ni bonheur, ni prospérité, ni réussite…

Images d’une vie parfaite dans un monde en toc, qui se garde bien de montrer l’envers de son décor !

C’est bien la réussite sociale individuelle, cette carotte qui nous fait accepter de perdre notre vie à la gagner, en espérant pouvoir s’acheter une maison, une voiture et fonder une famille, après avoir trimé des années.

Ce pauvre rêve de mettre un collier doré autour de son cou ne nous fait pas envie, et nous savons en plus qu’il reste innaccessible à beaucoup. Souvent, les heures passées au boulot ou à la débrouille ne servent qu’à payer difficilement les factures et maintenir la galère, et il faudrait en plus faire semblant d’aimer ça…

La carotte fonctionne bien parce qu’elle s’accompagne du bâton. Le bâton des contrôles réguliers sous ses différentes formes (la CAF, le pôle emploi, les travailleurs sociaux, les flics). Le contrôle plus diffus de la bonne morale, du voisinage, des caméras…

La peur de s’écarter du « droit chemin », d’être désigné du doigt, de finir en prison, la résignation à une pauvre vie.

Le capitalisme ne laissera jamais à tout le monde la possibilité d’avoir une place au soleil ; la démocratie laisse croire que si on en discute, on trouvera des arrangements.

C’est parce qu’il y a des prisons que ce monde en toc se maintient.

Nous ne voulons pas l’améliorer, mais le renverser !

 

Pour 2012, pas de réveillon, mais de belles rébellions !!!

[Dijonscope] Migrants à Dijon

5 janvier 2012 § Poster un commentaire

http://www.dijonscope.com/017912-afrique-si-je-retourne-la-bas-je-ne-reverrai-plus-jamais-le-ciel
http://www.dijonscope.com/017888-urgence-solidaire-les-heros-de-l-ombre

Société | Ils ont fui leur pays pour rejoindre la Bourgogne
Afrique : "Si je retourne là-bas, je ne reverrai plus jamais le ciel"
par Marion Chevassus | dijOnscOpe | mer 04 jan 12 | 07:30

On se doute parfois assez mal de ce à quoi peut ressembler la vie dans une
ville de Somalie ou d'Erythrée à l’heure actuelle. Quelle situation
infernale pourrait donc forcer des centaines de milliers de personnes à
quitter leurs proches en catastrophe sans l’espoir de les revoir un jour?
Qu’est-ce qui motive un homme de 30 ans à laisser derrière lui sa femme et
ses trois enfants pour effectuer un parcours à haut-risque vers un pays au
hasard ? Peu importe le lieu et les conditions, ils sont nombreux, ceux
qui s’extraient du chaos urbain pour rejoindre les rives incertaines d’une
froide Europe. A l’automne de sa grandeur, alors que les feuilles tombent
des arbres, eux se retrouvent nus à la rue, sans papiers, grelottants et
sans la moindre idée de là où ils se trouvent. Témoignages...

"J'ai de la chance d'être encore vivant"

Gebriel* a aujourd’hui 30 ans. Il vit dans les rues de Paris, squatte dans
des appartements vides. Il connait bien aussi les places de Dijon, ses
artères marchandes et ses foules aux yeux illuminés à l‘approche des fêtes
de Noël. Ces gens, il les comprend, il les envie. Et pourtant, il ne parle
pas leur langue. Il ne sait pas vraiment le nom du quartier où il passe
son temps. Si Gebriel a renoncé à ses études, c’est parce qu’un jour, il a
participé à une manifestation. Elle a été réprimée par l’armée, qui a
effectué une rafle sur ordre du parti unique, le Front populaire pour la
démocratie et la justice (PFDJ). Qui n'a rien de populaire, de démocrate
ou de juste. Le parti n’aimant pas que l’on conteste ses décisions,
Gebriel a été enfermé comme "dissident" à Wia, dans une prison aux
conditions si dures que certains sont morts tandis que d’autres ont été
hospitalisés d’urgence dans des hôpitaux militaires voisins. Son cousin a
été tué près de la frontière lors de la guerre contre Éthiopie (En savoir
plus ici avec SlateAfrique.com). Gebriel vit dans un pays ultra-militarisé
et opaque : l’Erythrée (Lire ici le rapport 2011 d'Amnesty International
sur la situation des droits humains dans le pays).

Il a manifesté ce jour-là contre les conditions dangereuses qu’imposait le
dernier caprice de ce parti unique au gouvernement : un camp annuel
estival d’entraînement militaire obligatoire pour les jeunes, ajouté à
l’obligation de faire son service militaire après ses études (Lire ici le
rapport de l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés). Discipline de
légionnaire, privations entraînant maladies et la mort, isolation forcée
loin de leur famille : voilà ce contre quoi Gebriel et ses collègues
manifestaient. Ils demandaient aussi la libération d’un syndicaliste
étudiant de leur âge, emprisonné sans raison. Gebriel a été envoyé dans un
camp disciplinaire en 2001, connu pour l’inhumanité des traitements qu‘on
y reçoit, lorsqu’il a refusé de signer un aveu reconnaissant qu’il avait
agi contre le bien de son pays et de ses compatriotes. De là, il n’a plus
jamais revu sa famille, ni sa femme. Un jour, il s’est fait "pincer" au
téléphone avec elle. Depuis, il s’est enfuit avec l’ami qui lui a procuré
ce portable : "Si je retourne là-bas, en Erythrée, je sais que je ne
reverrai plus jamais le ciel".

La promesse d’un cachot pour seul horizon l’a convaincu de pousser les
portes de sa terre natale et de s’enfuir d’abord au Soudan, puis en Libye
sur l’interminable route du désert, soit 21 jours à cahoter à trente
hommes dans un van prévu pour huit : "Nous ne mangions pas, nous buvions à
peine, nous étions faibles". Jusqu’à Lampedusa par barque bondée
"surchargée, que la foule faisait tanguer, puis fendue lorsque nous avons
heurté un autre bateau", avant d’être repêché en pleine nuit par les
secours italiens et d’atterrir à Palerme, en Sicile. De là, il est reparti
en Suisse et quelques mois plus tard, il a tenté sa chance en France... où
il est persuadé de n’avoir aucune chance justement.

L’espoir, Gebriel n’a pourtant que ce mot à la bouche. Hope en anglais,
puisque c’est ainsi que nous discutons : "J’ai la chance de pouvoir
observer le ciel tous les jours". Après trois ans d’errance, il voudrait
s’arrêter quelque part, trouver un logement et un travail, des gens qui
lui font confiance, des lois qui lui accordent de vivre heureux et
librement. Sans avoir à se cacher dans un logement vide pour la nuit. Sans
plus passer une nuit à grelotter de froid, couché sur des cartons
recouverts d’une bâche en guise de drap, des couvertures trop fines pour
cette pièce humide à 10 degrés à peine, en plein mois de novembre. Sans
avoir à porter de ville en ville ce sac-à-dos minuscule où se résume ses
effets, ses papiers, sa vie. Il voudrait poser son esprit épuisé quelque
part, détendre ses muscles raidis par le stress, la peur et le froid. Rien
ne lui appartient aujourd'hui, pas un seul repère fiable. Il croise juste
d’autres Erythréens qui ont mieux réussi que lui, et d’autres Africains
qui arrivent, encore et encore.

"Partir n'importe où, hors des frontières"

Mohamed a 26 ans. Il est arrivé de Somalie à Dijon en octobre 2011. Assis,
il raconte calmement comment il a dû fuir du jour au lendemain son Afrique
: "J’ai quitté ma ville natale de Kismaayo à cause des conflits trop
intenses qu’il y avait là-bas (En savoir plus ici avec l'Agence des
Nations unies pour les réfugiés). La guerre civile en Somalie a troublé
nos destins. Moi, j'aurais souhaité devenir ingénieur en
télécommunications. Quand j'ai fui, j’étais encore étudiant au lycée. En
fait, je dois mon énorme retard scolaire à la fréquence des interruptions
des cours pour des raisons de sécurité, à cause des combats armés. Mes
parents, eux, n’ont pas de vrai travail là-bas, car la vie économique est
trop désorganisée par les conflits. Ils vendent tous les jours de la
nourriture dans les rues. Et pourtant, ma famille s’est débrouillée pour
payer mon voyage vers l’Europe. Car quelques jours plus tôt, on m'avait
directement menacé de mort". La nouvelle est parvenue à ses oreilles via
ses proches ; on le recherchait activement. Pour quelle raison ? Même pas
sûr que Mohamed le sache vraiment ; la règle en Somalie est aux
représailles tous azimuts. Comme le dit la diaspora somalienne elle-même :
" Dans ce pays, un oignon coûte très cher. Mais une vie ne vaut rien"
(Lire ici le rapport 2011 d'Amnesty International sur la situation des
droits humains dans le pays).

"Une nuit, je me suis échappé en voiture de la ville grâce à des passeurs.
Durant le trajet, le risque était énorme de me faire tuer par l’une des
milices armées qui règnent sur la ville. Nous devions faire vite et être
discrets. Et partir n'importe où, hors des frontières. Le choix a
cependant été simple, j’ai saisi la première opportunité qui s’est offerte
à moi, sans réfléchir. Londres ou les États-Unis, j'aurais aimé...
Pourquoi pas. Mais c’était plus cher. Une fois en Éthiopie, à Addis-Abeba,
j’ai pris l’avion pour Paris. Je suis arrivé à l’aéroport sans comprendre
un mot de français. (ndlr : Mohamed parle couramment l'anglais, le somali
et l'arabe). J’ai pris une navette pour rejoindre le centre de la
capitale, mais je serais bien incapable de dire où j’ai atterri. J'avais
de quoi me payer à manger avec les économies que j'avais prises sur moi.
Mais, sans repère aucun, j’ai dormi dans la rue durant cinq jours.

Je crois que c’est difficile d’imaginer à quel point on peut être effrayé
lorsqu'on est obligé de passer la nuit dehors... dans un pays qu'on ne
connaît absolument pas, un pays dans lequel on arrive comme un cheveu sur
la soupe. On a peur. Peur de se faire tuer comme en Somalie, peur que la
police nous trouve, peur de se faire racketter. J’essayais de me cacher
comme je pouvais, j'essayais de me recroqueviller pour me réchauffer dans
un parc, ou dans des rues un peu à l'écart. Après cinq jours dans ces
conditions terribles, j’ai été soulagé de rencontrer par hasard un
Somalien d’une trentaine d’années, résidant en France et disposant d’un
passeport français. Il m’a hébergé avant de me rediriger sur une autre
ville pour que je tente ma chance auprès d’une préfecture moins engorgée
que celle de Paris. Voilà comment je suis arrivé à Dijon. Les premières
nuits, je les ai passées seul.  Et puis, j’ai dormi, rejoint d'autres
Somaliens, place Wilson (Lire ici notre article). Plusieurs fois, j’ai
bien cru que j’allais mourir de froid dehors ; j'attendais mon heure.

Grâce à des personnes de la mosquée qui ont eu pitié de nous, nous avons
pu manger des repas chauds plusieurs fois. Nous avons enfin pu nous laver
correctement et trouver un toit, même sommaire. De quoi survivre en
attendant que nos papiers soient régularisés, et que nous passions du
statut légal de demandeur d’asile à réfugié politique accueilli par la
République française."

* Afin de respecter l'anonymat des personnes, les noms, les âges ainsi que
certaines données ont été modifiés.

Solidarité | Citoyens lambdas, ils viennent en aide aux personnes en détresse
Urgence Solidaire, les héros de l'ombre...
par Marion Chevassus | dijOnscOpe | mer 04 jan 12 | 13:00

Tentez le coup de fil à une association caritative en période de fêtes ou
après 20h, essayez d'appeler le Samu Social via le 115 lorsque le service
est saturé... Le constat est identique : il est dur d’être à la rue
lorsqu’on ne connaît pas les numéros d’urgence ou les bon plans d’accueil
de la ville. Cimade ? Secours Catholique ? Restos du Cœur ? "Never heard.
Who is this? I need help."Comprenez : "Jamais entendu ce nom. Qui c’est?
J’ai besoin d’aide." Voilà le quotidien d'une nouvelle vague de migrants
somaliens érythréens ou éthiopiens (Lire ici notre article). Ces Africains
anglophones, tout juste arrivés de Paris ou de Lampedusa, ont passé leurs
premières nuits dijonnaises dehors, sous le kiosque de place Wilson, à
Dijon (Lire ici notre article). La fraîcheur les a pris de cours ; ils ont
été signalés par des bonnes âmes de la mosquée située à quelques centaines
de mètres, rue Charles Dumont. Puis, ils ont été nourris et pris en charge
par des particuliers.

Cette démarche solidaire, individuelle et citoyenne, signe l’arrivée d’une
organisation à la morphologie très volatile mise en place spontanément :
Urgence Solidaire, un réseau d’individus préoccupés par le sort de celles
et ceux qui vivent à la rue dans leur ville, et qui souffrent de la misère
sous leurs yeux. Ils n’ont pas déclaré d’association ; ils ne sont jamais
le même nombre d'individus ; ils n’apparaissent que sur un site éphémère.
Qui sont ces justiciers de l’ombre ? Pourquoi et comment ont-ils pu mettre
en place un maillage cohérent à destination d’une population délaissée par
les structures sociales déjà sous pression (Lire ici notre article) ?

Il suffisait d’une étincelle ...

Ces "béné-volants" - comme ils se qualifient assez judicieusement - ont
été sortis de leur torpeur cet automne par un événement inhabituel à Dijon
: "C‘était en octobre 2011, l’air se rafraîchissait. J’ai entendu dire que
l’on avait vu plusieurs hommes dormir dehors, sous le kiosque de la place
Wilson." Boudjemaa, c'est lui l‘étincelle, l‘homme qui a déclenché toute
l‘aventure. "L’idée était insoutenable pour moi, de laisser des personnes
isolées dans le froid. Je suis parti les voir, je me suis renseigné sur
elles." Pourtant, via l'article L345-2-2 du Code de l'action sociale et
des familles, la France s’engage à permettre l'accès à toute personne sans
abri en situation de détresse médicale, psychique et sociale [...], à tout
moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence". La France serait-elle en
train de faillir à son vœu pieux ? (Lire ici notre article). Ce jour-là,
Boudjemaa a rencontré des immigrés échoués à Dijon, venus de la Corne de
l’Afrique. Fréquemment en guerre, la région souffre depuis des décennies
de régimes dictatoriaux très durs, et les quelques poignées de jeunes
hommes qui s’en échappent, par avion ou par bateau, viennent trouver
refuge dans les pays européens (Lire ici le rapport d'Amnesty
International).

"J’ai demandé à ma femme, Ghania, de préparer un repas chaud pour le leur
apporter. Une fois, deux fois, trois fois." Elle a fouillé dans ses
placards, préparé du couscous et de la viande pour une quinzaine de
personnes. "Par charité, tout simplement", résume Ghania. Lui a décidé
d’aller taper à la porte de l'espace autogéré des Tanneries, qui
"disposent d’un grand hangar". Or il serait impossible à exploiter pour
accueillir humainement une dizaine d’hommes. Les "Tanneurs" indiquent à
Boudjemaa une vieille maison à l’abandon. La solution est beaucoup trop
précaire ; la bâtisse laisse passer les courants d’air, l’humidité. Grâce
au bouche à oreille, Boudjemaa entend parler d’une usine désaffectée,
Pomona, qui deviendra le premier squat réaménagé pour les sans-abris.
Finalement un troisième lieu est retenu pour loger jusqu’à cinquante
demandeurs d’asile dans des conditions précaires mais relativement dignes,
vers les abattoirs (Lire ici notre article). Première victoire pour cet
homme aux mains épaisses, qui se met à déblayer, à combler par des
plastiques les fenêtres cassée. Il organise la vie des réfugiés.

 Ils arrivent de Somalie... en tongs !

"Rassemblez-les, je voudrais leur donner quelques règles". Boudjemaa
avance face à la cinquantaine de demandeurs d’asile africains en train de
terminer leur assiette, affalés sur des chaises de jardin, un anorak sur
le dos. D’une voix forte, il s’adresse à eux : "Je veux que vous soyez à
l’heure aux rendez-vous à la préfecture ; vous devez rester propre et
polis ; entraidez-vous comme si vous étiez frères. Autrement, on ne pourra
pas vous aider." Il a environ trente ans de plus que la plupart des jeunes
hommes qui l’écoutent attentivement. Sa fermeté, portée par sa grosse voix
paternelle, interpelle et réconforte ces étrangers débarqués à Dijon
depuis un mois ou plus. "J’ai rajouté un écriteau pour qu’ils partagent ce
qu’on leur donne."

Sur une grande table, des habits étalés. Un membre actif témoigne : "Il
nous a fallu des chaussures chaudes dans toutes les tailles. Ils arrivent
de Somalie en tongs !". Dans chaque chambre, des gazinières données par
des particuliers ou des associations. Des matelas sur sommiers de
cagettes, des couvertures, de la nourriture fournie par des donneurs
anonymes ou des associations caritatives, apportée par voiture
régulièrement. Et depuis très récemment, de quoi se chauffer. "Un de nos
gros problèmes a été de trouver du chauffage. Quand la nuit a tout
refroidi, le matin, il ne fait que deux ou trois degrés dans la pièce
malgré le fait qu’ils soient nombreux" (Lire ici).

"Nous somme un réseau de veille"

"Concrètement, nous faisons attention à ce qu’ils aient tous à manger.
Nous les inscrivons et les envoyons aux Restos du cœur. Nous avons même
scolarisé une dizaine d’enfants. Ils sont contents : les gosses ont chaud,
ils prennent un repas le midi, ils se créent des amis, apprennent à parler
français, à compter. Les parents sont tellement fiers qu’ils les
soutiennent inconditionnellement, même si cela implique pour eux des
trajets assez longs en bus le matin et le soir. C’est une des magnifiques
qualités de la France : tous les enfants sur le territoire doivent être
scolarisés, qu’ils soient régularisés ou non."

Sans Guy, l’initiative de Boudjemaa ne serait restée qu’une démarche
solidaire individuelle. Un coup d’épée dans l’eau. Grâce à son réseau
d’amis, son carnet d‘adresse associatif et ses connaissances en
informatique, cet ami de 70 ans a pu  donner une envergure au projet.
"Urgence, anonymat, réseau, débrouille, gratuité, sont quelques-unes de
nos bases." Urgence Solidaire vient compléter le maillage associatif en
lui apportant des électrons libres et bénévoles, des "béné-volants". Le
mot est d‘Annie.

Trop d’aide nuit à l’aide ?

"Les associations traditionnelles avec qui nous collaborons ont une bonne
connaissance des populations mais ne peuvent pas être présentes partout
sur le terrain. Nous maîtrisons bien cette question et nous savons trouver
une solution dans l’immédiat en mettant nos compétences en réseau. A
chacun ses spécificités. Nous ne faisons pas du tout dans l’institutionnel
ni dans le politique, par exemple." Guy conçoit son action comme un
sauvetage en mer. Amateur de voile, il compare l’aide immédiate à un marin
sauvant un homme à la mer : "On ne s’embarrasse pas de savoir ce qui est
légal ou justifié. Si des personnes sont dans le dénuement total à la rue
et qu’une association n’a aucune solution pour elles, ou on leur ferme ses
portes, ou on s'efforce d'être présents". Urgence Solidaire fait plus ou
moins office de 115, les jours où ce service n'est pas déclenché (ndlr :
il faut que la préfecture active le plan Grand froid).

Trop d'aide nuirait à l'aide ? Pas sûr. Hélène, une autre membre, ne croit
pas à la superposition d’organisations se bousculant et se marchant sur
les pieds les unes des autres. "Au contraire, le besoin d’aide est
tellement énorme à l’heure actuelle !" (Lire ici notre article). Les
associations religieuses et humanitaires telles que le Secours Catholique
et la mosquée de Dijon collaborent ainsi avec le groupe de Guy et
Boudjemaa. Les dons affluent et les visites du site suffisent à répondre à
la demande minimum. Les noms des donneurs s’inscrivent en rouge sur la
page du site (Voir ici). "Aujourd’hui sont rattachés environ cinquante
particuliers, décompte Guy. Il n’existe aucune hiérarchie entre les amis
d’Urgence Solidaire, si ce n’est le noyau dur de départ."

[Toulouse] « Le Père Noël n’existe pas et vous irez en prison à 12 ans »

18 décembre 2011 § Poster un commentaire

Manifestation. Face à face tendu au cœur de Toulouse

D’un côté, une centaine de soutiens aux « inculpé-e-s » de Toulouse. De l’autre, un fort contingent de policiers et de gendarmes mobiles. Entre les deux groupes, réunis à partir de 14 heures hier sur les allées Roosevelt, à deux pas de la place Wilson, à Toulouse, le face à face n’a pas tardé à se tendre hier en après-midi. Les policiers, sous la direction du directeur de la sécurité publique Lucien Pourailly, présent sur place, voulaient réaliser des contrôles d’identité. Les manifestants, eux, n’avaient aucune intention de présenter leurs papiers. Les policiers ont procédé à des interpellations décrites par de nombreux témoins comme « très musclées ».

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« Cette manifestation se déroule sans aucune autorisation, indique le directeur de la sécurité publique. Quand nous demandons leurs identités aux manifestants, comme nous le permet une réquisition du procureur de la République, ils refusent. D’où les contrôles. » Aucune des personnes contrôlées, sorties manu militari du groupe des protestataires après avoir été menottées, n’a été interpellée. Après les vérifications « d’usage », elles ont retrouvé le groupe.

Au marché de Noël

Les manifestants ont réalisé un petit tour en cortège avant de revenir place Wilson où la tension est remontée quand les gendarmes mobiles sont intervenus pour les obliger à dégager la chaussée. La confrontation, sous le regard de nombreux passants, a tourné court quand les manifestants se sont dispersés. Une quarantaine d’entre eux s’est retrouvée place du Capitole, au milieu du marché de Noël. « Comme ça, on évite de se faire taper dessus », explique un participant à une commerçante pas contente.

Un manifestant en échasse a accroché des slogans sous les vivats : « PJJ en boxon, Noël en prison », « Détruisons les prisons avec rage et joie », « Beau comme une prison qui brûle » ou encore « Le Père Noël n’existe pas et vous irez en prison à 12 ans ». Un dernier slogan très commenté par les visiteurs du marché de Noël, un peu surpris. Finalement, les manifestants se sont dispersés sans incident.

Parfois venus de loin, les manifestants soutenaient quatre « amis » interpellés mi-novembre par les gendarmes. Actuellement incarcérés, ces deux filles et deux hommes sont soupçonnés d’avoir participé à une descente début juillet dans les locaux de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) à Labège. Ils nient leur implication « et le dossier est vide », protestent leurs avocats. Mais jusqu’à présent, la justice a refusé de les remettre en liberté.

Leur presse (Jean Cohadon, La Dépêche), 18 décembre 2011.

Contre le chômage. Contre le travail aussi.

18 décembre 2011 § 1 commentaire

Après avoir récemment perdu mon travail, je suis rentré dans le rang de ce qu’on appelle communément les chomeurs et précaires. Je n’ai pas envie d’écrire un texte théorique contre le travail ou des textes intellos conceptuels. Je me limiterai à ce long billet d’humeur et de quelques réflexions.

Ce titre d’article résume à peu près tout ce que je pense concernant la problématique du chômage et du travail. En gros : ni l’un, ni l’autre, non merci.

Pour l’expliquer, je commencerai par une anecdote : pas plus tard qu’il y a quelques jours, j’allais à une manifestation « contre le chomage ». Et là, le mégaphone de la CGT retentit. Plusieurs trucs assez insupportables et un notamment deux phrases qui me frappent comme un courrier de « trop perçu de la C.A.F en votre faveur ». Le mec se lance dans une diatribe sur les patrons et les capitalistes (jusqu’ici, tout va bien) en expliquant que « ces gens là, qui ne travaillent pas sont des parasites, et que le travail, c’est ça la dignité dans la vie » puis nous explique que « les chomeurs doivent lutter pour un travail et un salaire décents » (il a l’air de savoir de quoi il parle).

La première escroquerie consiste à prétendre que la division de classe ne repose que sur le travail. Ce qui est faux, et les chomeurs et chomeuses en sont la preuve vivante. Non seulement il y a des pauvres qui ne travaillent pas (et survivent tant bien que mal, la fameuse « armée de réserve du capital ») mais il y a des patrons, des propriétaires et des capitalistes qui travaillent. Même si du point de vue strictement « ouvriériste » ou travailliste, ils ne produisent rien ou pas grand chose, la plupart des cadres de la société d’exploitation dans laquelle nous vivons travaillent effectivement. Dans des bureaux, dans des bourses, en supervisant des chantiers, en faisant des réunions, en se déplaçant, en faisant leurs calculs, en faisant de la politique, etc, bref à des postes de gestionnaires la plupart du temps et généralement moins manuels, mais du travail quand même. En fait, c’est une minorité de rentiers qui ne travaillent pas du tout. La plupart des capitalistes d’aujourd’hui travaillent. Certains sont même salariés (il y a des patrons salariés par les actionnaires ou grands patrons, et qui ne sont donc pas complètement propriétaires, ou seulement d’une partie) même si ils ont des salaires gras et ne foutent pas grand chose, etc. Bref, si la plupart des pauvres travaillent dur pour gagner juste de quoi survivre ou un tout petit peu plus, ça ne veut pas dire que tout repose sur la seule problématique « salarié-e-s/patrons » (même si ça reste une problématique importante).

C’est bien sur le pouvoir décisionnel, la propriété privée (qu’elle soit « libéralisée » ou d’Etat) et les moyens de la défendre qui sanctionnent aussi la constitution d’une classe dominante. Si il y a bien un secteur dans la société où il n’est jamais question de « démocratie » ou de liberté (même « pour de faux »), c’est bien celui du travail. De l’entreprise. Du salariat, bref de l’économie. L’économie est privation par définition. Elle partage celà avec la prison. Tourner un film documentaire dans le monde de l’entreprise est au moins aussi improbable que de filmer le quotidien d’une prison. L’économie est l’antithèse de la décision raisonnée et prise collectivement. Pour celui ou celle qui n’a que sa force de travail à vendre, à aucun moment il n’est question de choix sur l’organisation du travail.

Ensuite, je suis peut être pas très vieux, mais je sais pas ce que c’est qu’un « travail décent » ou un « salaire décent ». Jusqu’ici même quand presque tout le monde était contant autour de moi dans son boulot (ou plutôt feignait d’y être contant, comme on fait tous ou presque en général hors période de grève, de gros ras le bol ou de pétage de plombs) je ne l’étais pas et n’ai jamais su « faire semblant » bien longtemps. Je n’ai jamais gardé un boulot plus de 6 mois (licenciement économique, « plan social » ou non-renouvelement de C.D.D) et ayant laissé tombé les études sans diplôme, j’ai du dire adieu à la bourse et j’ai depuis enchainé les boulots qui passaient. Je n’ai jamais aimé le travail. Même si j’ai ressenti (comme la plupart des gens j’imagine) très tôt la nécessité de bosser (au départ pour arrondir les fins de mois pendant les études, combler les découverts, ou mettre de l’argent de coté) à certains moments et ai tenté de trouver des tafs qui me « plaisaient » ou plus supportables, je n’ai jamais rien trouvé qui ne soit pas épuisant au final et mieux payé que le S.M.I.C. Les planques existent, j’y ai évidemment pensé, et je finirai sans doutes par le faire, mais je sais que je me lasserai vite. En fait, qu’il s’agisse de travail « salarié » ou de travail à l’école, je n’ai jamais aimé le travail. Ce n’est ni l’effort, ni le fait de faire des choses avec d’autres gens qui me dérange, bien au contraire, mais ce qui fait la base du travail dans nos sociétés : la contrainte, et le fait d’être instrumentalisé, utilisé. De me sentir étranger à moi même, en un mot : aliéné. La base de l’exploitation capitaliste, ce n’est pas une question de propriété privée libérale ou d’Etat, ni seulement une question de rapport salarié (employeur/employé-e), mais aussi et surtout un rapport coercitif, de contrainte. On ne travaille ni parce qu’on le désire, ni parce qu’on aime ce qu’on fait, ni parce qu’on en a envie, ni parce que ça nous est vraiment utile (ce qu’on produit, ce qu’on fabrique, qu’on fait, dit ou vend, etc…) mais parce qu’il le faut. Parce que « c’est comme ça ».

Voilà la seule raison d’être du travail en tant qu’aliénation et contrainte : c’est comme ça. La raison d’être du travail dans nos société : c’est la prison. Si on pousse le raisonnement un tout petit peu plus loin, on comprend vite à quoi servent les flics et les tribunaux. Si ils n’étaient pas là : qui obligeraient les gens à travailler et fermer leur gueule au juste ? Certainement pas la C.G.T et son S.O. Pendant cette même manif, je dis à un copain à coté de moi que je trouve ridicule et insultant de rabacher à des chomeurs qu’il leur faut un « travail décent » et que c’est « ça le sens de leur lutte » et même de leur vie donc, et en fait. A près tout, quelle différence de fond ça fait avec le discours de Pôle Emploi ? « Ta lutte, gamin, c’est de trouver un boulot, et de le garder, le reste, c’est de la littérature ». En somme : aucune différence, sinon sur les détails. Le copain me répond que « c’est ça que veulent la plupart des chomeurs ». Genre, un boulot. Je ne lui en veux pas personnellement de me dire ça. Il ne fait que reproduire le discours dominant sur le sujet. En quoi le fait que la plupart des chomeurs « demandent » du travail constitue une preuve à quoi que ce soit ? Moi aussi je suis inscrit comme demandeur d’emploi, moi aussi je serai encore amené à écrire des C.Vs et faire des entretiens d’embauche. Est-ce que ça m’empêche de détester le travail ? Est-ce que c’est ça que je veux vraiment ? Bien sur que non. Mais la question se pose quand même : il est qui pour dire ça ? Moi je suis chômeur. Et je n’ai pas envie de travailler. Même si j’y serai encore contraint, ou que je m’y résoudrais et espère que ça ne sera pas trop dur et bien payé : ce n’est pas ça que je désire vraiment dans ma vie. Je ne rêve pas « d’un salaire décent » avant de m’endormir. Je veux être libre et ne produire que ce dont j’ai besoin. D’ici là, je veux avoir de quoi bouffer et vivre « dignement » comme on dit, et bien sur m’amuser et jouir de la vie. Pas bosser. Non. Certainement pas. Et si je le fais quand même, ce sera parce que j’y suis contraint. Parce que j’ai trop désespérément besoin de cet argent qui est nécessaire à ma survie. Même si je fais un boulot qui me plait. Pour autant : est-ce que j’ai envie d’en faire ma seule revendication politique ? Même à court terme ? C’est hors de question.

Ce discours sur « les chomeurs qui ne demandent qu’à travailler » est un discours esclavagiste, qui ne conçoit pas les chomeurs ou chomeuses comme des êtres humains avec des désires propres, des problèmes, des intérêts de classe et même des contradictions et des antagonismes, mais comme des robots prêts à l’emploi. Des humains-machines. C’est cet individu qui n’est plus autre chose qu’un travailleur, qui dans une société qui repose sur le travail, n’a plus de sens à sa vie sans son emploi, cet humain désespérement moderne que décrit Hannah Arendt dans « La condition de l’homme moderne ». Ce discours relayé jusque dans les syndicats et les organisations de gauche n’est que le pendant du discours libéral : c’est toujours le discours du pouvoir. D’un coté la droite dit « le chomage est un problème individuel, une question de choix et de volonté », et de l’autre la gauche dit « c’est un problème strictement collectif, avec des raisons économiques déterminées. Les gens ne demandent qu’à travailler ». Pourtant, les deux contiennent une part de vérité, mais les deux sont absolument faux énoncés tels quels. Dans les deux cas, le travail comme valeur sociale fondamentale n’est pas remis en cause, et reste présenté comme le sens même de la vie ou plutôt de l’existence. Mais dans quel but ?

En même temps, si « les gens ne demandent qu’à travailler » pourquoi il y a tant de fraude aux allocs ? Pourquoi les gens ratent leurs RDV du pôle emploi délibérément ? Pourquoi les gens font grève ? Pourquoi il y a temps d’absentéisme au travail ? Etc, etc.

« Le caractère étranger du travail apparaît nettement dans le fait que, dès qu’il n’existe pas de contrainte physique ou autre, le travail est fui comme la peste. [Pourquoi ?] Parce que le travail dans lequel l’individu s’aliène, est un travail de sacrifice de soi, de mortification » Et ce n’est pas moi qui le dit. C’est le jeune Marx dans ses manuscrits de 1844.

De tout temps des résistances au travail et contre le travail ont existé. Et le travail a toujours été fui comme la peste. Parce que le travail n’est pas la base de la vie. Ce n’est pas vrai. C’est encore plus faux dans la société dans laquelle nous vivons et selon ce qu’on met derrière ce mot. Il ne peut pas être utilisé aujourd’hui comme ne représentant que « l’ensemble de l’activité productive humaine ». Parce qu’utiliser le terme « travail » de manière strictement positive c’est assimiler le fait de créer, de réaliser et de produire entre producteurs librement associés à n’importe quelle forme d’esclavage salarié, de tortures, d’abrutissements, de mutilations et d’aliénations. C’est mélanger les deux dans un terme flou qui masque l’oppression dans un signifié implicite qui voudrait seulement dire « faire un truc ». C’est faire comme si depuis plus de 200 ans, ce terme n’était pas utiliser pour décrire l’humiliation et la contrainte quotidienne que représente l’obligation de se vendre pour gagner le droit de survivre. D’autant plus que 131 ans après l’écriture du « Droit à la paresse », où Paul Lafargue (en 1880) expliquait déjà que 3h par jour seraient amplement suffisant à satisfaire les besoins vitaux de la société pour chaque individu (si on supprimait la plus-value et donc la propriété privée et le capitalisme), il est d’autant plus vrai aujourd’hui que le niveau atteint par la technique rend quasiment le travail humain virtuellement obsolète. Ce n’est pas un hasard si la classe dominante partout dans le monde vente les louanges du travail en tant que « valeur sociale ». La nécessité historique du travail forcé en tant qu’activité humaine touche à sa fin. Ou plutôt n’en finit plus de toucher à sa fin. Même la gauche et l’extrême gauche ont abandonné depuis longtemps leur identité « progressiste » dans cette stratégie qui voulait qu’à travers la réduction du temps de travail on en arrive à supprimer l’exploitation salariée. Elle en est même, au contraire, aujourd’hui à vanter la « création d’emploi ». Et on justifie la nécessité du travail en inventant des emplois au nom de l’écologie, de la construction d’autoroute, dans une usine de pneu ou pour faire du street marketing au moment même où pour la première fois dans l’histoire de l’humanité se profile la possibilité d’abolir le travail en tant que corvée et activité séparée de la vie.

Vous ne savez pas quoi faire de votre vie ? Ne vous inquiétez pas, le gouvernement va vous créer un emploi ! Des milliers d’années de philosophie retournées comme un gant de bain sale. La question n’est plus « qui suis-je ? Où vais-je ? » mais « à quoi vais-je servir ? » ou plutôt « qui vais-je servir ? ». L’utilitarisme capitaliste touche ici à ce qu’il a de plus absurde.

La condition de chomeur est ce bug dans la « matrice » de l’idéologie dominante : il veut forcement travailler, ou alors c’est un feignant et un parasite. Dans tout les cas, c’est un être triste et servile. Sans désir et forcément malheureux (au moins jusqu’à l’entretiens d’embauche concluant).

Et peut être qu’elle commence là, la lutte « contre le chomage » des chomeurs et précaires : par rejeter cette classification biaisée, rejeter la culpabilisation qui va avec, oser s’imaginer heureux sans travail (même temporairement), et s’organiser en conséquence.

Non pas juste « pour demander du travail et un salaire décents », mais, avec les salariés, avec tout-e-s les autres exploité-e-s, pour lutter contre l’aliénation du travail et le système du salariat. Lutter contre la propriété privée en l’attaquant en son coeur : en refusant de payer partout où c’est possible. En organisant l’entraide localement, sabotant ainsi l’intégration forcée au travail et à tout le système d’exploitation capitaliste. Faire en sorte que « ne pas avoir de travail » ou « perdre son boulot » ne soit plus une fatalité qui conduit immédiatement à courir après le suivant ou à se culpabiliser. Multiplier les bouffes de quartier, les cantines collectives et les espaces communautaires et activités gratuites, les lieux d’échanges gratuits, les permanences d’informations pratiques, collectiviser les allocations et autres prestations sociales, organiser des auto-réductions, s’organiser pour empêcher les expulsions locatives, ouvrir des lieux d’habitations, des squats, des centres sociaux autogérés, créer des co-opératives agricoles ou autres pour permettre à ceux et celles qui le désirent de produire pour survivre (mais sans hiérarchie, sans patrons), même si ce ne sont que des solutions temporaires, tout en continuant de lutter pour précipiter la chute de ce monde.

Tout ce qui peut renforcer l’autonomie individuelle et collective, sans aller dans le sens d’un projet « alternativiste », mais dans une perspective clairement révolutionnaire ou insurrectionnelle, ne peut que nous rendre plus forts et plus fortes et accélérer l’histoire. Moins nous sommes affairé-e-s à survivre dans nos petites bulles individuelles ou notre petit milieux, et plus nous avons de temps pour faire autre chose. Pour vivre, pour lutter, etc. Toutes ces propositions sembleront cruellement routinières à certaines personnes qui crieront au déjà-vu, et pourtant si peu appliquées. Elles ne suffisent évidement pas, mais sont des pistes lancées. Une chose est sure : à moi, ça me parle plus qu’une manif balisée par les syndicats-poubelles et pacifiée les flics pour demander un boulot de merde payé des miettes.

Contre le chômage, et contre le travail, ses profiteurs et ses idéologues :

Détruire le salariat, depuis l’intérieur… ou l’extérieur.

Un ennemi débonnaire du travail et de l’Etat.

(publié sur Indy Paris)